Réalisé par : Ramin Bahrani


Avec :
Andrew Garfield, Michael Shannon, Laura Dern


Sortie :
18 mars 2016 en e-Cinéma


Durée:
1h52 min


Budget:
8 000 000 $


Distributeur : 
Wild Side


3D:
Oui
Non

 

Synopsis :

« Rick Carver, homme d’affaires à la fois impitoyable et charismatique, fait fortune dans la saisie de biens immobiliers. Lorsqu’il met à la porte Dennis Nash, père célibataire vivant avec sa mère et son fils, il lui propose un marché. Pour récupérer sa maison, sur les ordres de Carver, Dennis doit à son tour expulser des familles entières de chez elles« 

3/5


Les films sociaux sont de plus en plus nombreux sur nos écrans. Ils nous font traverser le monde, souvent pour nous emmener dans des pays en situation géopolitique particulièrement difficile. En mars, nous partons en Amérique. On ne pense pas forcément aux États-Unis lorsqu’on évoque des conditions de vie périlleuses. Pourtant, pour une grande partie de la population du pays de l’Oncle Sam, c’est un fait. Et 99 homes nous le pointe du doigt avec une rigueur époustouflante. Le film de Ramin Bahrani avait été présenté au festival de Deauville et avait remporté le grand prix du jury. Mais, pour la première fois, le grand gagnant ne sera pas diffusé dans nos salles. Il n’aura droit, à l’instar de Made In France ou Panic Home, qu’à une sortie VOD.

Cette prise d’habitude de diffuser des films en VOD peut encore soulever pas mal de questions et de débats. Cependant, dans le cas de 99 homes, le voir sur petit ou grand écran ne change rien, du moment qu’il est vu. Une diffusion au cinéma n’aurait rien changé à l’expérience visuelle du film. Le film est un fond avant d’être une forme. 

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Le marché immobilier est en crise. La crise frappe les différentes couches sociales
les plus faibles. Les familles sont dévastées du jour au lendemain, notamment face à une justice aveugle. Et au milieu de ça, Michael Shannon. L’acteur y interprète magistralement bien un agent immobilier, venimeux et totalement inamical. Sans coeur, son personnage est détestable. Avec un air arrogant et des punchlines de riche impertinent, il est la représentation de l’Amérique qui s’en sort, en profitant égoïstement des citoyens plus faibles que lui. Le charisme de l’acteur est impressionnant, presque perturbant.

Parmi les victimes de l’homme d’affaires, Dennis. Interprété par Andrew Garfield, le jeune père de famille a tout ce qu’il faut pour être un « Monsieur Tout-le-monde« . En deux temps trois mouvements, on voit son environnement familier, et familial, tomber en ruine. Lors de la rencontre entre l’agent immobilier et l’américain lambda attaché à sa maison, la réalisation est parfaite. La caméra se pose comme un spectateur, impuissant et gêné face à une scène très malaisante. Cachées en partie derrière un mur, presque tremblantes, avec un cadrage approximatif, les images filmées sont les yeux d’un inconnu. Le contexte est posé. La violence et la dramatique situation sont là, sous nos yeux. Sans artifice, on nous expose ce que vivent de nombreux Américains lorsque l’immobilier est en bascule.

Absolument tout semble opposer les deux hommes. Même leurs vêtements. Costume pour l’un. Jean et t-shirt informes et usés pour l’autre. Chaque détail est utilisé par le réalisateur et son équipe pour différencier au maximum les personnages. Mais le jeune Dennis, prêt à tout, va pactiser avec celui que, nous comme lui, voyons comme le Capitaliste à cornes.

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« Ne fais pas à autrui ce que tu n’aimerais pas que l’on te fasse« . Ce proverbe aurait dû suffire au père de famille pour le raisonner. Echec. A travers un rythme intelligemment construit, on assiste à la montée de l’individualisme chez un homme, à la base, doté d’altruisme et de sensibilité.

Les techniques de réalisation nous immergent, presque contraints et forcés, dans la montée de l’avarice et de l’égoïsme brute d’un personnage qui pouvait être chacun de nous au début du film. Par des codes cinématographiques tout de même respectés et esthétiques, on distingue clairement 99 homes d’un reportage d’investigations, mais le message est le même. Dans une Amérique en crise, le film de Ramin Bahrani, affiche sans retenue les impacts des conflits socio-économiques et leurs potentiels effets très néfastes gisant sous le nez de chacun des habitants des Etats-Unis.

Tristement d’actualité, 99 homes est captivant. Traité sans pudeur, le film offre des informations dignes d’un reportage, mais avec une réalisation maîtrisée, délicate et ingénieuse..

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