[AVIS] Deux fils, premier essai !

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Synopsis:
Joseph et ses deux fils, Joachim et Ivan, formaient une famille très soudée. Mais Ivan, le plus jeune, collégien hors norme en pleine crise mystique, est en colère contre ses deux modèles qu’il voit s’effondrer. Car son grand frère Joachim ressasse inlassablement sa dernière rupture amoureuse, au prix de mettre en péril ses études de psychiatrie. Et son père a décidé de troquer sa carrière réussie de médecin pour celle d’écrivain raté. Pourtant, ces trois hommes ne cessent de veiller les uns sur les autres et de rechercher, non sans une certaine maladresse, de l’amour…

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Faire un premier film nécessite de se buter à un certain nombre d’obstacles, notamment de raconter une histoire intéressante avec les moyens du bord, une galerie de personnages restreinte et des décors qui se répètent.

Cependant, Félix Moati ne part pas de zéro, loin de là d’ailleurs. Car à 28 ans, le jeune acteur/réalisateur a déjà une belle filmographie derrière lui  : Première apparition sur grand écran en 2008 dans LOL de Liza Azuelos avant de jouer dans plusieurs films aux registres variés ; le film d’horreur Livide en 2011, Télé Gaucho de Michel Leclerc en 2013 (nomination au César du meilleur jeune espoir masculin ainsi que le Swann de la Révélation Masculine au Festival du Film de Cabourg). Puis, Hippocrate en 2013 aux côtés de Vincent Lacoste, Libre et Assoupi en 2014. Cette même année, il est à l’affiche de Gaby Baby Doll et de Valentin Valentin. En 2015, sa prestation dans A trois on y va de Jérôme Bonnell lui vaudra à nouveau une nomination aux Césars 2016, dans la catégorie Meilleur Jeune Espoir Masculin.S’en suit pour l’acteur d’un rôle dans Le grain bain de Gilles lellouche en 2018 et aussi, surprise ! Un petit rôle dans le prochain film de Wes Anderson, The French Dispatch que l’on attend pour 2019 !

Dans Deux fils, nous suivons donc trois personnages issus de la même famille, barbotant tous dans une période chaste et nébuleuse de leur vie où les actes des uns agissent sur la vie/l’avis des autres. Joseph (Benoît Poelvoorde), Joachim (Vincent Lacoste) et Ivan (Mathieu Capella) s’observent, se jaugent et s’inquiètent les uns pour les autres. On s’espionne, on s’accompagne, on se trahit, on s’encourage, on se console, on se provoque ; on s’avoue des choses, on pleure un petit peu et on se met en colère, mais l’on finit toujours par se réconcilier, car en dépit de la pleine conscience des faiblesses d’autrui et des péripéties du quotidien, on s’aime tendrement.
Et c’est la fin de Deux fils de Félix Moati.

En résumé c’est un premier exercice… “Bien, mais peut mieux faire”. Le travail est personnel, réalisé avec sincérité et nous permet de contempler une première empreinte de metteur en scène, mais le film se contente d’effleurer les problèmes dans une suite de tableaux assez ternes et non-excitants. C’est le problème majeur du film, il n’est pas ennuyeux, il n’est juste pas très original.
Comme le dit le réalisateur : “c’est une histoire de fraternité, de filiation, de chute, de perte d’admiration et de regain d’admiration.”

Tout est dit. Mais pas besoin d’aller bien loin pour cerner le ton et les aboutissants du film, car l’affiche nous annonce déjà la couleur. Joseph devient le fils de ses fils.Affiche d’ailleurs signé Floc’h, l’illustrateur qui, depuis plus de quarante ans a signé bon nombre d’affiches pour Diane Kurys (Diabolo menthe), Alain Resnais (Smoking/No Smoking), Benoït Delépine et Gustave Kervern (Saint amour) et bien évidemment Woody Allen (Hollywood ending), dont Moati nous “affiche” clairement l’inspiration dans ses dialogues, son histoire et sa photographie signé Yves Angelo.

Deux fils est un film qui est capable de nous faire passer un bon moment ; en sublimant le quotidien du parisien lambda. Et tout le problème est là, car au bout de 45 minutes de film, ne pas mettre le long-métrage dans la case “film de parigos” devient compliqué. Oui cette catégorie existe, c’est celle où l’on regarde des personnages marcher le long des kiosques à journaux avec des trench-coats sombres en parlant d’amour avec flegme, un quart de clope à la bouche. Rien d’étonnant ici, car Moati nous avait prévenu avec son court-métrage “Après Suzanne” où tous les éléments étaient de la partie pour mettre en scène Vincent Lacoste, nous narrant sa  dernière déception amoureuse. Fort heureusement, on ne discute pas de Blaise Pascal dans des chambres de bonnes jusque tard dans la nuit en buvant du vin dans des bols.

Le film nous réserve cependant son lot d’ingrédients intéressants, un Benoît Poelvoorde dans un personnage sensible que l’on aime voir de plus en plus, un Vincent Lacoste qui comme toujours parvient à éclabousser les murs de sa nonchalance et de sa bonhomie communicative, une Anaïs Demoustier dont il est facile de tomber amoureux, mais aussi l’occasion de voir éclore de nouveaux talents, tel que Mathieu Capella ; interprétant le jeune Yvan, blazé de la vie, en quête d’un modèle et d’une architecture qu’il ne trouve plus en la personne de son père ou de son frère, ce qui pousse le jeune adolescent de 13 ans à se tourner vers l’église, à pétuner les clopes et écluser les verres d’alcool. (Le côté ”enfant émotionnellement surdoué” du personnage de Ivan est un archétype intéressant ; même si ses traits sont parfois un peu exagérés, la direction d’acteur en reste néanmoins excellente.)

Moati nous livre aussi l’image d’un Paris que l’on aime voir au cinéma, filmé avec amour et sincérité. C’est à se demander même si ce film n’est pas une excuse pour filmer la capitale. Félix Moati : “j’ai envie de filmer les lieux que je connais, ça a beaucoup préexisté à l’envie d’écrire le film, à savoir filmer la ville où je vis.”

Deux fils, touchant et mature, fait passer un agréable moment de sincérité, mais sans trop chambouler nos vies. Le premier exercice est passé. À quand le deuxième ?

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