[AVIS] Sausage Party, la pulsion phallique !

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Synopsis:
Une petite saucisse s’embarque dans une dangereuse quête pour découvrir les origines de son existence…

2.5

Sony commence à s’habituer aux problèmes des sorties en salles de ses films. Après L’interview qui tue!, qui avait provoqué un ras de marée médiatique (rappelons l’histoire : en décembre 2014, après avoir subi une cyber-attaque, dévoilant nombreux documents privés, et reçu des menaces d’attentats, Sony décida alors d’abandonner la distribution du film), Sausage Party semble suivre plus ou moins le même chemin en termes de polémique. Film pour enfants ou cinéma d’animation pour adultes ? Aucun vrai avertissement ne semble sensibiliser les parents (une simple interdiction de moins de douze ans) et la sortie en salles dans l’hexagone de Sausage Party reste un gros point d’interrogation.

Pourtant, le message est clair sur l’affiche française : Sausage Party, un héros va se dresser. Il faudrait vraiment faire preuve de mauvaise volonté pour rater l’accroche phallique du distributeur. Pour sa première en matière d’animation, Sony ne fait pas dans la dentelle et est très clair sur ses intentions. Ils ne sont pas là pour viser une jeune catégorie de cinéphiles, la fabrique Sony garde son identité de distributeur subversif.

A la lecture du synopsis de Sausage Party, quelque chose d’incompréhensible se produit : « Une petite saucisse s’embarque dans une dangereuse quête pour découvrir les origines de son existence. » On se demande s’il n’y a pas eu erreur à la traduction, le film empruntant tout le chemin inverse. Il ne s’agit non pas des origines de cette saucisse mais de son devenir. De façon très étirée, il s’agit d’une critique du consumérisme. Cette partie de saucisses tente de mettre à mal le règne des hypermarchés, ces points de rassemblement de toutes les cultures ou chaque article joue des coudes pour être plus attractif que son voisin. Le film aborde lâchement le thème de l’homosexualité, ainsi que du racisme, tant de thèmes jetés sur la table sur lesquels le spectateur ne peut pas s’attarder, ébloui par la montagne d’obscénités que débitent les personnages à la seconde. C’est comme si les réalisateurs s’étaient dit qu’il fallait absolument trouver une justification au film dans des revendications actuelles. Et c’est toute la faiblesse, ou maladresse du film, que de servir une énorme farce porno qui fait office de mise à distance et enveloppe de façon opaque tout contenu intéressant. Le concept devient certes amusant, mais vain.

Finalement le film répond-il à son propre questionnement ? Plus ou moins. Mais c’est dire à quel point le sujet est effleuré et que le but ici est de produire une farce burlesque et sexuelle géante. Le plus important n’étant pas d’apporter une solution ou de conclure sur une réflexion à propos de la surconsommation mais plus de créer une orgie (dans le sens sexuel du terme) démesurée. Initialement confié à Mark Osborn, on ne s’étonne pas que l’homme qui a réalisé le fin et léger Petit Prince ne laisse le bébé à Conrad Vernon et Greg Tiernan (il fallait être au moins deux pour faire ça), déjà plus habitués à l’humour graveleux. Sous couvert du cinéma d’animation, les réalisateurs se permettent de servir de la pornographie gratuite, sur grand écran. Chapeau bas donc à ces deux hommes qui ont réussi là où beaucoup ont échoué. On ne saurait dire s’il faut blâmer cette dernière extravagance du cinéma d’animation, pas si choquant finalement quand on le réduit à la pulsion phallique de son auteur caché, Seth Rogen.

S’il ne fallait retenir qu’une seule chose de Sausage Party, c’est sa capacité à assumer jusqu’au bout sa folie et son débordement outrancier.

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