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[CRITIQUE] Bang Gang (2016)
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[CRITIQUE] Bang Gang (2016)

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Bang GangRéalisé par : Eva Husson


Avec :
Finnegan Oldfield, Marilyn Lima, Daisy Broom, Lorenzo Lefebvre et Fred Hotier


Sortie :
 13 janvier 2016


Durée:
1h38min


Budget: /


Distributeur :
 Ad Vitam


3D:
Oui
Non

 

Synopsis :

Les faubourgs aisés d’une ville sur la côte atlantique. George, jolie jeune fille de 16 ans, tombe amoureuse d’Alex. Pour attirer son attention, elle lance un jeu collectif où sa bande d’amis va découvrir, tester et repousser les limites de leur sexualité. Au milieu des scandales et de l’effondrement de leur système de valeurs, chacun gère cette période intense de manière radicalement différente.

3/5

« Une histoire d’amour moderne » annonçait le sous titre du déchaîné Bang Gang. Pourquoi pas, encore faut il considérer que chaque adolescent d’aujourd’hui abuse de la MDMA et envoie à son voisin de classe les vidéos de ses masturbations quotidiennes. Conte fantasmatique de la jeune réalisatrice Eva Husson, Bang Gang mérite plus que son titre d’oeuvre polémique.

On se touche, on se caresse, on se filme. L’idée vient d’une petite blonde de la bande, George, et qui devient vite le nouveau phénomène à la mode au lycée. Passe temps comme un autre, le sexe devient paradoxalement le bain lustral d’un ennui, symptomatique de cette jeunesse. Tout est posé dans la séquence inaugurale de partouze géante, qui défait alors l’angoisse qu’on avait de la voir arriver. Il faut le dire, depuis le carton du film au Festival de Toronto, nous attendions tous patiemment de découvrir ce Teen Movie suavement violent. Cette curiosité mal placée portée davantage sur l’exploitation sexuelle par Eva Husson de cette bande d’adolescents sortis de nulle part. Aucun complexe, à l’aise autant avec leur propre corps que celui de l’autre, Finnegan Oldfield, Marilyn Lima, Daisy Broom et Lorenzo Lefebvre sont explosifs. Au delà du fait divers qui a donné matière au film, la réalisatrice nous a fait découvrir ces nouvelles figure du cinéma français, très prometteuses. La liberté et la maturité avec laquelle ils incarnent leur personnage laissent pantois, il y a une grande maitrise de la psychologie de chacun qui rend les scènes d’orgies plus intéressantes. L’entre-deux non pornographique fait émerger de vrais personnalités, et illustre la complexité de construction de relations entre adolescents parfois. Jalousie, introversion, les rapports sociaux semblent tout de suite plus simples quand tout le monde est à poil. Là ou Kim Chapiron faisait vite monter la température avec ses sublimes créatures issues de la jeunesse dorée parisienne dans La Crème de la Crème, cela ne restait que de l’insolence de façade. Chez Eva Husson, c’est la classe moyenne qui est concernée. Chacun trouve écho à l’hystérie de leur fête, leur monde parental étant lui aussi en pleine explosion.

Bang Gang

Dans Bang Gang, Eva Husson fait une vraie proposition esthétique. Inspirée par de nombreux papes du cinéma, on reconnait aisément les banlieues vides de Gus Van Sant, et ses images aux couleurs délavées. À l’image d’Elephant, c’est un essai poétique sur les limites de la représentation, dont le rendu est hypnotique. Même passion pour le fait divers réello-fantasmé, elle se détache par son traitement atemporel de l’image, laisse danser les corps libérés de tout, et déambuler dans un Biarritz non identifiable. Ce sentiment de liberté infinie est dû à l’absence de jugement de la réalisatrice sur les actes de ses personnages. Et même là où un revers de médaille semble pointer, (George découvre qu’elle a des symptômes de syphilis, Laetitia est enceinte) chaque problème est éradiqué en un claquement de doigt. Mais peut être qu’ici la facilité a été convoquée. Sur le terrain épineux de la morale sexuelle Bang Gang utilise une porte d’entrée un peu hypocrite. Hypocrite parce que sous couvert d’aucun jugement, Eva Husson se contenterait d’essayer d’approcher le pourquoi d’une telle dérivation. Pourtant, le projet consiste bien à montrer en quoi ces adolescents se sont laissés aller à un jeu malsain qui les a vite dépassé. Cette manière de brusquer le spectateur tout en se dédouanant de toute visée moralisatrice ne peut pas ne pas être reproché au film, surtout lorsque la réalisatrice elle même au fil des rendez vous médiatiques s’attend à la polémique, se cachant de la provoquer. Et là ou le film relèverait davantage du conte fantasmatique que d’une histoire d’amour moderne, c’est qu’aucune de leur action n’a de conséquence. Nul doute que dans la réalité, il serait compliqué qu’un groupe d’adolescents puisse si bien s’en sortir.

Eva Husson laisse la place à de jeunes premiers dans une chorégraphie sulfureuse, libertaire et libertine.

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Marion Dupont Stagiaire au Champs Elysées Film Festival | Xavier Dolan et Quentin Tarantino comme maîtres à penser.