Belgica affice

Réalisé par : Felix Van Groeningen


Avec : Tom Vermeir, Stef Aerts, Hélène De Vos, Charlotte Vandermeersch, Sam Louwyck


Sortie :
 2 Mars 2016


Durée: 
2h07


Budget: /


Distributeur :
Pyramide Distribution


3D:
Oui – Non

 

Synopsis :


Jo et Frank sont frères, et comme souvent dans les familles, ces deux-là sont très différents. Jo, célibataire et passionné de musique, vient d’ouvrir son propre bar à Gand, le Belgica. Frank, père de famille à la vie bien rangée et sans surprise, propose à Jo de le rejoindre pour l’aider à faire tourner son bar. Sous l’impulsion de ce duo de choc, le Belgica devient en quelques semaines the place to be…

3.5/5

Ceux qui avaient gardé de Félix Van Groeningen le souvenir d’un cinéaste signant des films absurdes, aberrants, furieux (et nous pourrions continuer encore longtemps) vont être déçus. Déjà depuis son précédent long métrage, Alabama Monroe, la mécanique Van Groeningen s’essoufflait.

La nouvelle cacophonie de Felix Van Groeningen

Avec le cinéaste belge, nous avions l’habitude d’une sublimation de la Merditude des Choses. Il rendait au chômage et à l’ivresse toute leur beauté. Il y a sept ans, dans une ville imaginaire, Trouduc-les-Oies, Felix Van Groeningen nous emmenait à la rencontre de frères accros à l’alcool et au sexe pourrissant dans la merde. Au chômage, ils traînaient dans les bars pour palier à un sempiternel ennui. Finalement, rien de bien différent avec le pitch de son dernier long métrage, Belgica. Deux frères, que la vie n’a pas épargné, ouvrent un bar censé devenir l’arche de Noé, le réceptacle de toutes les âmes en perdition. Mais attention au reflet du miroir. Belgica n’a de la Merditude des choses que l’écho des grandes lignes de son scénario. Mais le temps est passé sur l’homme à la caméra, et il commence à devenir répétitif. L’auto exaltation du réalisateur est palpable, ce qu’il avait jusqu’à maintenant réussi à cacher, devenu trop énorme pour le dissimuler derrière son génie. Il connait sa recette et n’essaye pas de la pimenter différemment. Monté au pinacle à Sundance, où il a fait son entré comme film d’ouverture et sa sortie avec le prix du meilleur réalisateur, Belgica est tout ce qu’est aujourd’hui l’esprit « indé », les personnages doivent être sortis de plus bas que terre, ou souffrir de cicatrices intérieures tellement immenses qu’on sait d’avance qu’elles ne seront jamais refermées.

Belgica 2

Belgica s’élance dans la continuité d’Alabama Monroe, et ne retient des relations amoureuses et familiales que les moments d’éclats et de tension. La noblesse du film est ainsi de parvenir à construire et à nous faire partager le tissu des relations de Jo et Franck avec le reste du monde. A mesure que le bar se construit naît une bulle entre les deux frères qui va inévitablement finir par exploser. Si chacun est néfaste pour l’autre, c’est autour de cet échange asphyxiant que Félix Van Groeningen fixe son enjeu. Il y a chez le cinéaste une manière irrésistible de poser sa caméra sur les particules nécrosées de la société. L’arche de Noé des deux frères n’est que la projection à l’écran de la filmographie du réalisateur, lui qui accueille dans son cadre ce que la vague de l’humanité laisse en arrière lorsqu’elle se retire. Mais comme nous pouvions déjà commencer à le remarquer dans Alabama Monroe, ses récits romantiques des défaites humaines ne sont qu’une accumulation de fuites en avant, de moments d’une intensité aigu, mais qui ne fonctionnent pas dans la continuité.

Loin des sonorités plus country de la bluegrass d’Alabama Monroe, c’est une onde plus électro qui vient embrasser le long métrage. Epicentre du film, la musique est un coeur qui ne cesse de battre dans Belgica. Un seul sentiment leader du début à la fin, cette plénitude d’après concert, masque d’une liberté que les personnages n’arriveront jamais à atteindre, accentué par une caméra très fluide, qui nous fait planer. Mais peut être que c’est cela aussi, l’indé, pouvoir plonger le spectateur tellement profondément dans une atmosphère qu’il essaye de survivre au film à la brasse coulée. Malgré tout, on ne regrette rien de cette nouvelle décadence à l’accent flamand, au traitement du motif un peu facile pour Felix Van Groeningen alors qu’on connait sa capacité à transformer la merditude en spectacle incroyable.

Dans cette nouvelle symphonie de Félix Van Groeningen, la cacophonie des passions essaye de se faire entendre. Un film en tension qui ne demande qu’à exploser.

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