JasonBourneAfficheRéalisé par : Paul Greengrass


Avec : 
Matt Damon, Alicia Vikander, Tommy Lee Jones, Vincent Cassel


Sortie :
 10 août 2016


Durée:
2h04


Budget:
 120 000 000 $


Distributeur : 
Universal Pictures International France

Synopsis :

La traque de Jason Bourne par les services secrets américains se poursuit. Des îles Canaries à Londres en passant par Las Vegas…

3/5

Neuf ans. C’est le temps qu’il a fallu à Jason Bourne pour reprendre le haut de l’affiche, après une tentative de spin-off ratée en 2012 avec L’Héritage. Histoire d’enfoncer un peu plus le clou, l’agent Aaron Cross (incarné par Jeremy Renner) est totalement absent de ce cinquième opus, ni même mentionné, comme s’il n’avait jamais existé : de quoi contredire les propos tenus en 2015 par le producteur Frank Marshall, selon lequel Cross et Bourne devaient coexister dans un univers commun ? L’absence totale de Tony Gilroy à la production et au scénario nuit-elle à l’intrigue cette fois-ci créée par Paul Greengrass et Matt Damon ? Verdict.

Honnêtement, ce Jason Bourne avait de quoi faire un peu peur, entre un titre pas vraiment inspiré et une catchphrase à rameuter les producteurs de Secret Story (« il se souvient de tout, mais il ne sait pas tout »). Si la trilogie de Robert Ludlum est désormais dépassée, il n’est pas pour autant question pour l’équipe du film de s’inspirer des dix autres romans (!) écrits par Eric Van Lustbader depuis 2004 (The Bourne Enigma, dernier en date, est à peine sorti en juin dernier en VO). Jason Bourne se retrouve une fois encore au cœur d’une traque lancée par les services secrets américains, alors qu’il n’avait rien demandé ! Ils sont bo(u)rnés, ceux-là. Si la trilogie originale vous est un peu sortie de l’esprit, il est plutôt recommandé de la voir une nouvelle fois pour ne pas oublier qui pourrait venir perturber la tranquillité du fugitif, même si beaucoup de choses ont changé depuis les évènements de La Vengeance dans la peau… À commencer par l’effectif de la CIA, désormais dirigée par Robert Dewey (Tommy Lee Jones).

Jason Bourne (2016)

Les affaires personnelles de Jason Bourne et sa traque à travers le monde se mêlent aux enjeux économiques et politiques de ces dernières années, plus ou moins efficacement : Greengrass et son co-scénariste Christopher Rouse utilisent les manifestations contre l’austérité en Grèce de manière plutôt opportuniste, « prétexte » à la création d’un conflit de tension et de violence pour assurer une scène de poursuite dans les rues d’Athènes. Le film surfe un plus intelligemment sur d’autres faits de société très actuels, soit la psychose d’une surveillance permanente des citoyens (qui a dit Snowden dans la salle ?), à travers les réseaux sociaux et tout type de communication : difficile de ne pas voir une part de Mark Zuckerberg en Aaron Kalloor, fondateur du réseau Deep Dream (incarné par Riz Ahmed, à retrouver également dans The Night Of). La peur du terrorisme et les théories farfelues de complots ne sont pas en reste lorsque le film se plaît à aborder la manipulation gouvernementale. À tout cela se mêle une fois encore le programme Treadstone, et de nouvelles révélations sur le passé de David Webb/Jason Bourne : une intrigue finalement plutôt paresseuse et convenue, dont on voit les ficelles se tramer bien trop rapidement.

 Jason Bourne parvient malgré tout à nous captiver suffisamment pendant deux heures, avec son quota de scènes d’action ébouriffantes et furieuses. Matt Damon n’est pas content d’être traqué pour rien, et il le fait savoir : entre de bonnes patates balancées à Londres et un final explosif à Las Vegas, l’acteur prouve qu’il est toujours prêt à tenir un film et un personnage d’une telle envergure, d’autant plus face à un Vincent Cassel que nous n’avons pas forcément l’habitude de voir dans un tel registre. Il incarne « l’atout » de ce Jason Bourne, soit l’assassin envoyé en pâture par la CIA pour faire le sale boulot (comme dans chaque film), et ne sera pas de tout repos pour le fugitif… tout comme pour Alicia Vikander, ou plutôt Heather Lee, nouvelle agent de la CIA attelée à l’affaire Bourne. La future Lara Croft passe du bureau à l’action, et devient l’un des rares personnages féminins de la saga à réellement prendre part à l’intrigue sans pour autant devenir une « demoiselle en détresse ».

Ce Jason Bourne s’inscrit dans cette folie hollywoodienne des reboots/revivals et suites à gogo : la franchise continue d’emprunter ce tournant amorcé par L’Héritage (dont la possible suite semble au point mort) et a bien sûr vocation à ce que le personnage de Robert Ludlum revienne dans les salles pour emmagasiner encore un peu plus d’argent. Si la saga devait continuer, devrait-elle alors s’inspirer de ces livres laissés de côté ? Il faudrait du moins parvenir à sortir du schéma habituel selon lequel Bourne est constamment traqué par la CIA : pour s’imposer face à Mission impossible qui a osé changer de réalisateurs et de ton, ou bien face à l’ère bondienne de Sam Mendes, le renouvellement devra être plus profond que dans ce cinquième volet !

Neuf ans après, Jason Bourne frappe d’un poing moins assuré, mais demeure assez percutant pour tenir son spectateur en haleine !

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