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[CRITIQUE] Desierto (2016)
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[CRITIQUE] Desierto (2016)

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Desierto Réalisé par : Jonas Cuarón


Avec : Gael García Bernal, Jeffrey Dean Morgan, Alondra Hidalgo


Sortie :
13 avril 2016


Durée:
1h34


Budget: /


Distributeur :
Version Originale / Condor


3D:
Oui – Non

 

Synopsis :


« Désert de Sonora, Sud de la Californie. Au cœur des étendues hostiles, emmené par un père de famille déterminé, un groupe de mexicains progresse vers la liberté. La chaleur, les serpents et l’immensité les épuisent et les accablent… Soudain des balles se mettent à siffler. On cherche à les abattre, un à un. »

4/5

Jonas Cuarón. Ce nom ne vous dit peut être rien. Pourtant, l’homme dernière cette appellation n’est autre que le fils d’Alfonso Cuarón, le réalisateur du renommé et oscarisé Gravity. Dans la lignée de son paternel, Jonas Cuarón s’est d’abord essayé comme réalisateur avec Ano Una, sorti en 2007, resté assez discret dans les salles obscures puis avec le court métrage Aningaaq, spin-off de Gravity. Il revient cette année avec sa nouvelle réalisation, Desierto. Faisant un peu plus de bruit que son prédécesseur, ce nouveau film risque de ne pas avoir l’écho qu’il mérite. De surcroit, il sort en France face à de grosses productions, comme Le Livre de la Jungle (Jon Favreau), ou encore Hardcore Henry (Ilya Naishuller) dont la bande-annonce vient de nous être dévoilée et qui s’annonce très bon. Desierto mériterait d’être mis sous la lumière des projecteurs, parce que, croyez-nous, il en vaut vraiment le coup ! Jonas Cuaron semble avoir trouvé le bon filon. Le réalisateur ne prendra surement pas mal si on s’avance à dire qu’il marche dans les pas de son père. Jonas ne le copie pas mais il s’en inspire, très certainement. Mais dans Desierto, il nous montre son style à lui, et c’est une sacrée surprise.

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Survivre au-delà des besoins primaires


À lire le synopsis, on s’imagine une sorte de roadtrip interminable : de longues scènes de souffrances « man vs wild » et des coups de feu sorti de nul part s’ajoutant à cela. Un mélange de déjà vu, un peu remixé, qu’on essaie de nous faire avaler discrètement. Dit comme cela, le film nous attire un peu moins. Erreur ! C’est justement là que Desierto est fantastique. Il se démarque de tout ce qui aurait pu se faire depuis plusieurs années. Ce long voyage dans le désert est traité sous un angle extrêmement particulier. Ici, très peu question de ration d’eau et de nourritures. Le désert, souvent proposé dans ce genre de film comme une étendue illimité de sable, mais dont on peut se sortir vivant, nous est exposé dans Desierto d’une manière bien différente. En tant que spectateur, on a l’impression que les personnages sont complètement enfermés dans une sorte de cube, dans lequel on court sans trop chercher à trouver la sortie. Cette sensation d’être enfermé dans une si grande étendue est extrêmement oppressante pour le spectateur. Il voit des personnages complètement pris au piège. Cette sensation assez désagréable en soi, est pourtant très révélatrice de ce qu’entend faire passer Jonas Cuarón dans son film. Les protagonistes ressemblent à des poissons dans un aquarium essayant d’échapper à l’épuisette. Ils s’enfuient, pour survivre à l’instant T. Car dans Desierto, au-delà de montrer la difficulté qu’ont les migrants à traverser une frontière, le plus grand des dangers vient d’un homme, un seul et unique homme. Un fou furieux incarné par Jeffrey Dean Morgan (The Walking Dead, Watchmen, Grey’s Anatomy).


Un méchant sensationnellement effrayant


Il interprète Sam, un américain accro à son arme, complètement dénué de toute raison. Il n’a qu’un objectif : tuer les migrants. On s’imagine un bon gars du Texas, très extrémiste et plus que conservateur. Mais il s’agit là de bien pire. Jeffrey Dean Morgan joue un malade mental, entièrement sadique, à la fois enragé, barbare et pervers de ses propres meurtres. Il fait penser à Malcolm McDowell, le grand méchant d’Orange Mécanique, un adorateur de la souffrance, mais placé dans un contexte tout à fait réaliste et actuel. Prêt à tout pour atteindre ses cibles humaines, il laisse très souvent sa folie le submerger, jusqu’à ne pas se rendre compte qu’il risque parfois sa propre vie à l’instar de ses proies. Le personnage fait extrêmement froid dans le dos. Jeffrey Dean Morgan, qu’on a plutôt l’habitude de voir dans des rôles de gentils, nous offre là une prestation époustouflante ! Selon nous, il pourrait être LE personnage principal du film, volant la vedette à Gael García Bernal, censé être le meneur de la bande. Cela faisait longtemps qu’un méchant ne nous avait pas retourné l’estomac de cette façon. De plus, ce tueur déchaîné est accompagné de son chien tout au long du film. L’animal est à l’image de son maitre. Autant vous dire que sa férocité n’est pas en moindre mesure. Tracker, le compagnon du méchant de Desierto, détient presque un rôle égal à un des autres personnages du film tellement ses actions sont importantes. Plus que cela, à chaque fois que l’animal apparait à l’écran, il nous tétanise. Peut-on parler d’hyper-violence dans ce thriller ? En tout cas, on s’en rapproche grandement, sans tomber dans le gore. Encore une fois, tout est très justement dosé. Espérons que les salles de cinéma dans lesquelles seront projetés Desierto auront toute une bonne sonorité… chaque aboiement du chien nous glace un peu plus le sang et nous raidit sur notre siège. Chaque coup de feu donné par le maitre nous écarquille les yeux d’effroi. Les moments de tensions sont magnifiquement bien mis en scène : musique, image, jeu de regards, souffle retenu, tout y est. C’est superbement bien réalisé. C’est magistral.

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Jeffrey Dean Morgan dans Grey’s Anatomy à gauche, et dans Desierto à droite.

Gael García Bernal à la hauteur


Du côté des « gentils », là encore c’est une réussite. Sans stéréotype, nous sommes face à une bande d’hommes et de femmes souhaitant juste traverser une frontière pour survivre et atteindre un cadre de vie meilleur. Sans trop rentrer dans leur intimité, on nous les présente comme des Monsieur et Madame Tout-Le-Monde, pleins d’humanités, avec des qualités mais également des défauts. On ne nous les porte pas en pitié, le regard porté sur eux est assez neutre. Cela permet de renforcer l’aspect très réaliste du cadre dans lequel on les voit tenter de survivre. Le personnage vers lequel on se tourne le plus est Moises, interprété par Gael García Bernal. Il est un peu le « guide » de ce groupe terrorisé et dont les instincts primaires sont en train de resurgir face au danger. Très bon jeu d’acteur en ce qui concerne Gael García Bernal. A la fois « papa protecteur » et en même temps très froid, il arrive à jouer un double rôle assez complexe et périlleux. Pourtant, il mène ce dessein à la perfection.
Il nous entraine avec lui. Grâce à son rôle, on semble faire partie du groupe. C’est à travers lui et son regard que notre compassion traverse l’écran. À noter que les seconds rôles valent chacun le détour.

On note presqu’aucun défaut à cette réalisation de Jonas Cuarón. La photographie est belle, la BO est excellente, le film nous prend littéralement aux tripes et on ne s’ennuie pas. Desierto est génial, bluffant et d’une extrême intensité.

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Estelle Lautrou 22ans, Normande, étudiante en journalisme à Paris.