Réalisé par : Rok Bicek


Avec :
Igor Samobor, Natasa Barbara Gracner, Tjasa Zeleznik


Sortie :
4 mars 2015

Durée: 1h52min


Distributeur :
Paname Distribution

3D: Oui – non

 

 


Synopsis :

À l’arrivée de leur professeur principal remplaçant, une classe de sympathiques lycéens se trouve confrontée à une discipline accrue et à un enseignement plus austère. Ce professeur d’allemand concentre vite toutes les critiques. Les élèves mènent ouvertement la fronde. La tension monte, et quand une jeune fille de la classe se suicide, la responsabilité du professeur parait indiscutable aux yeux de ses camarades. L’escalade des provocations ne fait alors que commencer, laissant les autres enseignants dépassés par les événements et les élèves face à toutes leurs violentes contradictions.

4/5

Premier film de Rok Bicek, L’Ennemi de la Classe remporte un succès inattendu en 2013 pour sa sortie en Slovénie. Deux ans plus tard, après avoir engrangé quelques grands prix (Prix du Public au Festival Premiers Plans d’Angers l’an dernier et Prix Cineuropa du Festival du cinéma européen des Arcs 2013 notamment), le film débarque en France…

Il est inutile de vouloir comparer L’Ennemi de la Classe avec Whiplash : d’accord, les deux ont en commun le personnage d’un professeur ô combien sadique et détestable interprété avec brio, mais les similitudes s’arrêtent là. Les sujets traités sont radicalement différents, autant que la mise en scène. Le film de Rok Bicek, inspiré de faits vécus par le réalisateur, traite de la réaction de toute une communauté face au suicide d’une enfant dans une école. Adolescents, enseignants et parents : personne n’est épargné. Alors qui est responsable ? Qui est l’ennemi de la classe ?

Cet ennemi, c’est tout le monde. Il est bien facile d’accuser le nouveau professeur d’allemand fraîchement arrivé, de l’insulter de nazi à cause de ses méthodes strictes. Les conflits entre la classe et ce fameux professeur s’accumulent dès leur première rencontre : la caméra tremble et les plans resserrés sur le visage du professeur Zupan en accentuent la suprématie. Face à lui, une bande de jeunes que nous pourrions croiser tous les jours : le premier de la classe détestable, toujours assis en face du prof ; les deux meilleures amies inséparables, le petit rebelle du fond, le facho junior qui répète les bêtises de papa… et un garçon qui affronte déjà la mort de sa mère. À la mort de Sabina, jeune fille renfermée, le quotidien se brise et le malaise gagne tout le monde, malaise accentué par la froideur des décors, aux couleurs ternes et pâles. La caméra ne quitte jamais l’école et donne l’impression d’assister à un huis clos fracassant. Les scènes de conflit entre Zupan et ses élèves se multiplient et donnent lieu à une véritable révolte, mais est-elle légitime ? C’est au spectateur d’en juger.

Si « l’enfer, c’est les autres », alors chacun a bien sa part de culpabilité : c’est ce que Bicek dévoile en se focalisant tour à tour sur chaque personnage, si bien que l’absente continue à les hanter jusqu’à l’image finale. Seule porteuse de couleur chaude, le jaune, Sabina incarne cette vie arrachée trop tôt. Parler du deuil se fait dans la douleur, même en essayant de la lier à la littérature, comme peut le faire le professeur Zupan. Il ne faut pas pour autant en oublier de vivre : certaines scènes prêtent à sourire, d’autres à rire véritablement, comme lorsque la psychologie se voit ridiculisée face à la réalité du deuil. Pour autant, la tension n’est jamais loin. L’autorité de Zupan est telle qu’elle tranche les scènes de rire, jusqu’à ce que le personnage ne soit lui-même amoché lorsque sa craie se brise au tableau.

Porté par un Igor Samobor ahurissant, L’Ennemi de la Classe parviendra à toucher son public malgré ses quelques défauts de rythme. Le film touche par sa sobriété et dresse un portrait réaliste de l’adolescence et du deuil. Pour son premier film, Rok Bicek décroche le tableau d’honneur !

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