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[CRITIQUE] Steve Jobs (2016)
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[CRITIQUE] Steve Jobs (2016)

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Réalisé par : Danny Boyle


Avec :
 Michael Fassbender, Kate Winslet, Seth Rogen et Jeff Daniels


Sortie :
 3 février 2016


Durée:
2h2


Budget: /


Distributeur :
 Universal

3D:
Oui – Non

 

Synopsis :

Dans les coulisses, quelques instants avant le lancement de trois produits emblématiques ayant ponctué la carrière de Steve Jobs, du Macintosh en 1984 à l’iMac en 1998, le film nous entraîne dans les rouages de la révolution numérique pour dresser un portrait intime de l’homme de génie qui y a tenu une place centrale.

5/5

Il y a toujours la question, quand on réalise un film sur une personne décédée, du point de vue que l’on souhaite donner. Quel portrait voulons-nous dresser ? Steve Jobs était l’une des icônes de la pop-culture américaine, un modèle de réussite. Sa mort en 2011 a suscité bon nombre de réactions et hommages artistiques – de la littérature à la musique, en passant par la peinture …

Ainsi Jobs, sorti en 2013, avec Ashton Kutcher, se voulait comme un éloge funèbre. Raconter la vie du fondateur d’Apple, oui, mais tout en dressant un bon portrait de l’homme.

Steve Jobs

Aaron Sorkin choisit au contraire de le présenter ici comme un homme blessé, capable du meilleur comme du pire. Il n’est pas sans dire que celui qui a écrit The Social Network biopic glaçant mais grandiose, illustrant parfaitement la création et son créateur – signe ici un scénario efficace. Mais là où il décrivait Zuckerberg, PDG de Facebook, comme un homme froid, distant et mal au sein de la société (d’où le paradoxe avec sa création, le réseau social le plus utilisé au monde), ici il présente au contraire un homme blessé, trahi et marqué au fer rouge par sa vie et ses tragiques expériences. Un homme non pas aigri mais déçu par ses relations.

Le film choisit cependant un angle très différent. Au lieu d’illustrer simplement la vie de Steve Jobs, en racontant les moments forts de sa carrière, le cinéaste Danny Boyle décide de se placer dans les coulisses de 3 lancements de produits. Ce qui n’est pas sans rappeler Birdman, par la virtuosité esthétique. La caméra et le spectateur évoluent alors dans un environnement très théâtral, qui sera le lieu d’événements historiques – à savoir le lancement du Macintosh, du NeXT et de l’iMac – appuyant encore plus si possible l’idée de théâtralité (récit en 3 actes). Chaque acte représente une évolution du personnage. Évolution soulignée entre autre par le choix du format : 16mm au début (donnant un aspect très amateur, avec beaucoup de grain), 35mm ensuite (bien plus standard) et enfin numérique sur la fin (donnant un aspect très/trop lisse).

Steve Jobs

L’une des forces du film vient de la tension, qui est amenée insidieusement par l’environnement. À quelques minutes du lancement, pendant que la salle se remplit. Et ce qui pourrait paraître pour une frustration – on ne verra jamais aucun de ses discours – passe cependant au contraire comme primordial. Car tout autant du point de vue personnel que global, ce n’est pas la finalité qui compte, mais le chemin parcouru.

Un long chemin à parcourir justement. L’écriture de Sorkins dresse un portrait très émouvant et très fort de Steve Jobs. Ses problèmes de relation, sa prétention et son égoïsme, son refus de reconnaître sa fille. Car – cela peut sembler niais – personne n’est tout blanc ou tout noir. Et Sorkins et Boyle l’ont totalement compris ! De manière tout aussi rigoureuse que l’informatique présentée, le film se fraie un chemin dans les méandres de l’esprit de Jobs et réussit à le rendre encore plus humain.

Car oui, la finalité du film est bien la compréhension de ce qu’il est, de pourquoi il était ainsi et de ses réactions. On vous promet même quelques larmes pour les plus émotifs.

Steve Jobs

Enfin, la mise en scène du réalisateur de Slumdog Millionnaire vient amplifier tous les éléments listés ci-dessus. De par son format – pellicule au début du film, pour finir en numérique-, au montage parfois très nerveux (on retiendra une discussion entre Jobs et Sculley, espacée de plusieurs années mais mixée dans un montage incroyable) jusqu’à la musique, obligatoirement très électronique, la mise en scène brille d’un aspect surréaliste alors que Boyle ne filme que la réalité.
Ses choix de mise en scène viennent renforcer l’humanisation d’un homme adulé, mais aussi son évolution tout au long du film. Cette surabondance de symboles n’est cependant jamais rédhibitoire. Au contraire.

Michael Fassbender n’est pas Kutcher, mais ce n’est pas l’objectif. La ressemblance physique à Jobs n’est pas ce qui est recherché, mais les émotions communiquées. Et là, l’acteur est grandiose. Fassbender doit porter le film à bout de bras, et heureusement réussit. Magistral. Tout autant que Kate Winslet, Seth Rogen qui, promis, ne fume rien, et bien sur l’immense Jeff Daniels. Le casting vient donc épauler un film centré sur les sentiments de Jobs plus que ses créations.

L’ironie du film est donc là : nous avoir fait croire à un biopic classique pour nous livrer une ode à l’amour paternel et au pardon.

Sorkins et Boyle humanisent Steve Jobs en usant intelligemment de stratagèmes subtils. Un portrait splendide pour un film magistral.

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Simon Robert Rédacteur Série et Cinéma sur Pulp Movies, mais aussi étudiant en cinéma à l'ESEC.