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29 juin 2014. Bon c’est vrai, il aurait été plus logique de commencer cet article par la date du 14 octobre. Mais non : 29 juin 2014. Le network de tous les records, HBO, diffuse le pilote de sa série estivale. Aux commandes de celle qui devra prendre la relève du succès imposant de Game of Thrones, Damon Lindelof et Tom Perrotta. The Leftovers, saison 1, c’est l’histoire d’une uchronie : 3ans auparavant (un 14 octobre), 2% de la population mondiale disparait subitement de la surface de la Terre. La première saison nous mettait en face d’un homme, Kevin Garvey, qui devait gérer avec ses problèmes personnels sa famille et abordait avec une maîtrise incroyable comment surmonter un deuil, et vivre avec. Bref, c’était grandiose et vous disait déjà pourquoi ça ici.

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RECULER POUR MIEUX SAUTER
À l’instar de True Detective cet été, HBO a décidé de commander une seconde saison à The Leftovers … Tout en la diffusant un an et demi plus tard. Là où la première saison suivait un livre extrêmement riche, ici Lindelof et l’auteur du-dit roman avancent en terrain inconnu. Ou plutôt, ont la page blanche pour dessiner l’avenir de ces personnages.
On retrouve ainsi, avec un plaisir non dissimulé, Justin Theroux (le héros de Mulholland Drive) qui, avec sa
famille recomposée désormais de sa nouvelle femme Nora Durst – interpétée par Carrie Coon (Gone Girl) – et de sa fille Jill (Margaret Qualley). Le très bon casting est complété par les habitués de la première saison Liv Tyler (Arwen du Seigneur des Anneaux) en désormais gourou des Guilty Remnant, Christopher Eccleston (Le
9ème docteur) en pasteur désespéré, Amy Brenneman (Heat) en ex-femme de notre héros et les petits nouveaux de la seconde saison Kevin Caroll en père détraqué, Regina King (dernièrement dans America Crime) et Jovan Adepo en, respectivement, femme et fils.
Un très beau casting, donc, au service d’une seconde saison très différente de la première.

ON CASSE TOUT ET ON RECOMMENCE

Dans cette seconde saison, Kevin et sa famille emménagent à Jarden, dans le parc de Miracle. L’idée est que cette ville est la seule à n’avoir subi aucune disparition durant le 14 octobre. Ils y font la rencontre d’une famille voisine, attenante à leur nouvelle maison. Le pitch s’arrête et là, et inutile d’en dire plus pour comprendre l’étendu des différences entre cette saison et la première. Là où la première tenait une approche très psychologique, celle-ci a – si ça se passe toujours dans la tête – à trait aux croyances. En résulte un univers très coloré en opposition totale à la première, aux couleurs froides (bleu/gris) et à l’environnement bien plus sombre.

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CROYANCES HAUTES EN COULEURS
Là où la première saison traitait presque avec dédain ses personnages, les observant de loin dans leur folie – qui donnait presque un sentiment d’expérience scientifique – nous sommes cette fois-ci aux plus près de nos personnages. Nous avons enduré avec eux les souffrances du Departure, nous avons appris à les connaître et nous prions tout autant qu’eux leur accès au bonheur. Les voici donc arrivés à Miracle, parmis les 9261 miraculés. Leftovers – Chapitre 2 serait donc en résumé une ode aux croyances et aux interprétations multiples. Si Lindelof nous avait promis de ne jamais donner plus de détails sur le Departure, il nous présente ici l’origine de l’enlèvement : Dieu.
Ce n’est bien évidemment jamais très clairement dit, et c’est là la puissance indescriptible de The Leftovers. Comment faire passer un message sans jamais l’oraliser ? En plaçant le(s) héros dans le même flou que nous. Et les voici donc avançant dans l’obscurité de ce qui devait être leur salut éclairant de Miracle. Confronté à l’appel divin, chaque personnage sera confronté non seulement à ses actions passées mais aussi futures.
Et dès le premier épisode, The Leftovers part dans un délire métaphysique qu’il nous est bien difficile de suivre. Mais peut importe, ce n’était pas le but. De la même manière que nos personnages se sont battus contre leur destinée durant deux saisons, nous sommes forcés à nous battre pour comprendre où la série nous emmène. S’installe alors une ironie dramatique forte quand nous comprenons l’origine divine des événements.

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THERE IS NO MIRACLE IN MIRACLE
Car il n’y a pas plus de miracles que d’épargnés à Miracle. Personne n’a disparu pendant The Departure … Mais beaucoup ont disparus avant et continueront après ! Délire métaphysique mais bien évidemment ésotérique, la série prend une ampleur d’une rare intensité vers la fin de la saison où nous assistons, incrédule, à l’un des plus gros retournements de situation de la télévision ! Mais le sarcasme de Lindelof et Perrotta ici, c’est que cet événement était prévisible et que nous n’étions pas attentif. Les showrunners n’ont cessé de – à la manière d’un petit poucet qui sait très bien où il va mais laisse traîner ses graines – laisser des indices qui ont, inconsciemment, germés dans notre esprit.
La série n’innove donc en rien en plaçant la solution/le problème en Dieu, mais la révolutionne tout simplement par la manière donc elle le fait et le choix existentiel qu’elle nous offre. Car nous ne sommes pas plus forcés de croire à ce que nous offre la série sur un plateau d’argent que de penser que nos personnages sont au contraire totalement perdus et fantasment sur une réponse qui en réalité n’existe pas !

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LEFTOVERS À LA SAUCE LEFTOVERS
Si cette seconde saison nous a fait l’effet d’un mentos-coca (désolé, on est à court de métaphores), c’est qu’elle arrive à se distancer de la première tout en réutilisant ces ingrédients. C’est le cas de la musique, grandiose, composée par Max Richter. Tandis que beaucoup l’appelle déjà la plus grande musique d’une série TV, nous nous étions demandés avant la diffusion de la seconde saison à quoi elle allait ressembler. Richter (et donc Lindelof/Perrotta) allait-il tout recommencer à zero ou bien continuer dans la même veine ? Force est de constater qu’il mixte ces deux idées et en ressort une composition qui épouse encore plus les images. Si ce n’est un nouveau thème – à rapprocher à la famille Murphy -, les morceaux semblent au premier abord les mêmes que sur la premières saison. Mais, c’est en écoutant de plus près que nous nous rendons compte qu’au contraire Richter innove totalement et joue avec les propres thèmes qu’il a crée – en témoigne le morceau Dona Nobis Pacem qui est ré-arrangé avec des instruments plus exotiques.
La mise en scène contribue à l’effet coup de poing de cette saison. Que ce soit Mimi Leder, Tom
Sankland
ou Craig Zobel, chaque réalisateur de la série donne le meilleur de lui-même. En témoignent les plans grandioses, le jeu
de lumière impressionnant et hypnotisant (aux antipodes de la première saison) auxquels s’ajoutent les décors, costumes, couleurs de toute part et … jeux d’acteurs ! Chacun des personnages a le droit à son moment d’attentions, durant lequel et le spectateur et la caméra sont tournés vers lui et l’observent, abasourdis, débiter son texte avec une justesse rare. Mention spéciale cependant à Justin Theroux qui n’a, malheureusement, pas la carrière qu’il mérite (et dire qu’il est encore présenté, dans les médias, le « mari de Jennifer Anniston » …).

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VERS L’AU-DELÀ
Peut-être pas vers l’infini, car la 3ème saison est loin d’être lancée. Mais The Leftovers – saison 2 est clairement l’une des meilleures séries de l’année. Quand nous nous demandions en août dernier qui pourrait prendre la relève de la magistrale Mr Robot, nous ne nous attendions pas à nous prendre une nouvelle claque un an et demi après celle assenée par Lindelof et Perrotta. The Leftovers est donc clairement une série à voir, à n’éviter sous aucun prétexte.

Dommage pour la promotion qui reste peu efficace en France, où seul Séries Mania a réussi à en mesurer l’ampleur.

S’il n’y a pas de miracles à Miracle, HBO nous en exauce un en délivrant une seconde saison incroyable, à la puissance émotionnelle sans égale.

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