[AVIS] Matthias et Maxime, en terrain connu…

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Synopsis :

Deux amis d’enfance s’embrassent pour les besoins d’un court métrage amateur. Suite à ce baiser d’apparence anodine, un doute récurrent s’installe, confrontant les deux garçons à leurs préférences, bouleversant l’équilibre de leur cercle social et, bientôt, leurs existences.

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Grand prix avec Juste la fin du monde en 2016 et Prix du Jury en 2014 pour Mommy, Xavier Dolan présente pour la troisième fois un film en compétition cannoise, Matthias et Maxime.
Le film parle de deux amis d’enfance, deux engrenages solidement engagés dans les rouages d’une bande de potes attachante aux origines sociales diverses.

Le personnage de Matthias, interprété par Gabriel D’Almeida Freitas est le personnage que nous suivrons le plus. Matthias semble “profiter” d’une vie “rangée”, où tout semble en place ; il se rend tous les jours au travail dans un costume bien taillé, parcours les mêmes couloirs d’un immeuble aux murs blancs et va bientôt bénéficier d’une importante promotion ; lorsqu’il rentre à la maison, c’est une future épouse aimante et attentionnée qui l’attend. Seulement Matthias est effrayé par la notion de changement ; un baiser involontaire, échangé avec Maxime, son meilleur ami d’enfance vas venir bouleverser sa vie.

Après sept longs-métrages, le besoin pour Xavier Dolan de réaliser un film de pote était intense, mais surtout de faire un film avec SES potes. Puisque les amis de Maxime (Xavier Dolan) dans le film sont aussi les meilleurs amis du réalisateur. Chaque personnage tient un rôle caractéristique, les acteurs sont formidables et ils nous vient immédiatement un sentiment de jalousie de ne pas faire partie de cette grande troupe hétéroclite. Mêmes si parfois les rassemblements tournent au concours de blague, nous sentons ici les mécanismes du désir sincère de faire partie d’un clan où personne n’est laissé de côté. Nous y retrouvons, dans les dialogues, l’écriture incisive du réalisateur, se rapprochant plus d’un rythme et d’une musique personnelle que des mots.

Cependant, le résultat divise, et il est compréhensible que ce nouveau Dolan puisse en irriter plus d’un. En effet, Matthias et Maxime cumul les ingrédients qui depuis une dizaine d’années ont construit le “genre” Dolan ; à savoir, des musiques commerciales chantées à tue-tête, une obsession pour les relations  mère/fils, le chaud/froid d’une conversation collective qui tourne au drame, suivi de ses fameux silences assourdissants mis en images par des gros-plans sur des visages tristes et meurtris. Le fait que le réalisateur québecois tienne un des rôles principaux n’aide malheureusement pas à faire abstraction des ingrédients que nous connaissons déjà ; il en résulte une fatale et regrettable accoutumance qu’il est difficile de semer pendant le première demi-heure du film. À la lecture du synopsis, les non-moins curieux se diront peut-être même : “je vois déjà à quoi cela va ressembler.”

Et pourtant, vous auriez tort de vous en priver.

Alors, certes on peut concevoir que cette année encore, l’homosexualité et le droit des femmes est été des sujets en vogue sur la Croisette, connue pour être le siège de l’engagement et des causes politiques. Cependant, ce que nous propose Xavier Dolan dans Matthias et Maxime avec cette sincérité, cette émotion innée et cette passion communicative que nous lui connaissons est tout ce que le cinéma devrait constamment chercher à nous offrir.
Le film ne cherche pas nécessairement à mettre des mots, juste à se poser des questions :

Somme-nous libre aujourd’hui d’aimer qui nous voulons ? Est-ce possible d’aimer sans se poser des questions par rapport à notre sexualité ? Est-on vraiment profondément libre sexuellement ?
En résumé, les caméras assistent à la naissance d’un “amour” entre deux hommes, qui ne sont pas homosexuels.

Concernant ses intentions, le réalisateur est clair : “C’était l’occasion d’explorer une autre part de moi-même, dans la restriction, dans davantage de retenue, dans certains choix artistiques, puis je vais pas passer ma vie non plus à filmer des gens qui s’engueulent dans une cuisine.”
L’œuvre laisse également beaucoup de place au langage, à mi chemin entre l’anglais et le français : “Chaque génération apporte des nouveautés du point de vue du langage, il était important pour moi de souligner le fait que notre langue, le français, ne cesse d’évoluer ; évoluer, c’est-à-dire faire des emprunts à d’autres langues, je parle anglais, je parle français, mais je connais beaucoup de jeunes qui parlent le « franglais » et pour eux c’est automatique maintenant.” Xavier Dolan.

Le cinéaste ne manque pas de dire que ce film est une transition, le chapitre qui clôt ses jeunes années : “l’occasion de jouer plus que de réaliser, même si je souhaite continuer de réaliser, mais à un rythme plus sain.”
En conclusion, pour porter un avis  sur Matthias et Maxime, il est nécessaire pour une fois de séparer l’oeuvre du réalisateur. Car, si cette fiction n’apporte pas de changement radical à la carrière d’un artiste qui cherche constamment à repousser les limites de ce qu’il sait faire de mieux, nous avons la chance d’assister à une expérience touchante aux couleurs pastels qui à l’image de Matthias risquerait de vous ébranler plus que vous ne le croyez.

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