[AVIS] Mauvaise Graine, bilan très mitigé !

Synopsis :

1995, près de Rome. Vittorio et Cesare qui se connaissent depuis 20 ans, sont comme des frères inséparables. Leur quotidien se résume aux discothèques, à l’alcool et aux trafics de drogues … Mais ils paient cher cette vie d’excès. Après avoir rencontré Linda, Vittorio semble vouloir changer de vie. Cesare lui, plonge inexorablement…

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A la sortie de la salle, on est comblés, on a beaucoup aimé ! Puis, vient le moment de la réflexion post-visionnage de cette réalisation de Claudio Caligari. Eh mince. Notre enthousiasme dégringole. Pour comprendre cette petite retenue face à Mauvaise Graine, revenons sur ce film plus en détail.

Claudio Caligari, le réalisateur du film, a tenté plusieurs fois sa chance sur grand écran. Mauvaise Graine est sa réalisation avec le plus de résonance au niveau du grand public, les autres étant un peu passé à la trappe. Malheureusement, le réalisateur ne connaîtra jamais l’impact de Mauvaise Graine puisque la maladie l’a attrapé à la fin du montage. Valerio Mastandrea, producteur et comédien attaché à Caligari, a peaufiné les derniers détails du film.

D’ailleurs, la mise en scène est plutôt pas mal, bien qu’assez simpliste, parfois à la limite du cliché. On appréciera tout de même certains décors, toujours un peu encombrés et brouillon, à l’instar de la vie de nos deux personnages centraux. Visuellement, Mauvaise Graine ne casse pas trois pattes à un canard. Mais il sait se rattraper ailleurs, notamment dans un montage dynamique. Le film est bien rythmé, de quoi nous garder en haleine malgré un scénario somme toute assez banal. « Encore un film  sur la drogue et les jeunes ! ». Oui, plus ou moins. Evidemment, qui dit film sur la drogue, dit petite pensée pour Requiem For A Dream, de l’excellent Darren Aronofsky.

Dans Mauvaise Graine, nos deux personnages principaux sont pieds et poings liés. Ils se décrivent eux-mêmes comme étant des frères, sans pourtant aucun lien de sang. Fumette, coke, putes et dealers les lient l’un à l’autre. Et ils s’en satisfont. Mais ici, on ne nous donne pas de leçon. On ne nous fait pas la moral. Vous entendez la voix venue d’ailleurs qui vous dit que « la drogue, c’est maaaaal ! » ? Dans Mauvaise Graine, il n’est pas question de cela en premier lieu. Certes, le film montre les effets dévastateurs que les substances illicites peuvent avoir sur les hommes, physiquement – en tant que consommateur – mais aussi en tant qu’acteur de ce sombre marché. Mais au-delà de cela, nous avons regardé Mauvaise Graine comme une histoire d’amour, une histoire de famille, une histoire presque corrosive entre deux frères passionnels. Et c’est ici le gros point fort du film de Claudio Caligari. C’est ici qu’intervient la comparaison avec Requiem for A Dream. Les liens entre les personnages sont vraiment forts. Les dialogues, mais surtout, SURTOUT les prestations offertes par les acteurs permettent aux spectateurs de très vite ressentir beaucoup d’amour pour les deux personnages principaux et pour les seconds rôles. Luca Marinelli interprète Cesare, le frère le moins raisonnable des deux. Alessandro Borghi interprète Vittorio. ET ÉNORME COUP DE CŒUR SUR LUI ! Nous avions découvert Alessandro Borghi dans Suburra en décembre 2015, il y a quelques mois seulement. Déjà, son interprétation nous avait bluffés. Il jouait un rôle de dur à cuire, mêlé à la politique, à des gangs et … à des histoires de drogues ! Pourtant, malgré des sujets croisés entre les deux films, son interprétation dans Suburra et celle dans Mauvaise Graine, il n’y a rien à voir, si ce n’est sa qualité d’acteur.

Bref, les deux interprètes sont absolument fabuleux. Leurs personnages sont complices comme jamais, ils semblent sincères et vrais. C’est à se demander si les deux acteurs ne se sont pas entendus comme larrons en foire sur le tournage de Mauvaise Graine pour nous retranscrire aussi bien les sensations d’une amitié fraternelle. Mais en plus de cela, certaines tensions entre eux sont tout aussi bien mises en scène. Lorsque l’ambiance entre les deux « frères » s’électrise, le spectateur a envie de se faire tout petit dans la salle puisqu’il sait que la dispute à laquelle il va assister ne va pas être des moindres. La retranscription de cette fraternité passionnelle n’en oublie donc pas son côté parfois destructeur. Encore une fois, voilà de grandes prestations que nous offrent Alessandro Borghi et Luca Marinelli. N’oublies pas les secondes rôles, tout aussi époustouflants et tout aussi colporteurs de vives émotions. On y retrouve Silvia D’Amico, Roberta Mattei, ou encore Alessandro Bernardini. Si ces noms ne vous disent pas grand-chose pour l’instant, gardez-les en tête. Vous les réentendrez, nous en mettons notre main au feu (presque).

Mais (attention, roulement de tambours), le film n’est pas pour autant inoubliable. Cette réalisation de Claudio Caligari possède un scénario souvent trop sinueux. Il n’est pas question de comparer strictement Mauvaise Graine à Requiem For A Dream puisque les moyens ne sont pas les mêmes, et puisqu’Aronofsky a vraiment la patte parfaite pour ce genre de film, mais là où Requiem For A Dream triomphe, Mauvaise Graine se plante. Dans ce dernier, on ne sait pas toujours vers quelle finalité on nous traîne. On assiste parfois à des scènes sans grand impact. Souvent à la limite du cliché, on aurait aimé que Mauvaise Graine soit un peu plus « wild ». On a l’impression que le scénario veut nous emmener vers quelques choses d’assez sombre et fougueux, mais qu’attention ! il ne faut pas choquer et s’en prendre à certaines mœurs. Mais les gars, allez-y à fond la prochaine fois ! Résultat, on perd quelque fois le fil de l’histoire. On peut ressentir une impression de film non-achevé, non pas à cause de sa fin, mais à cause de son récit anfractueux. La faute ne vient pas du montage. Lui, comme dit précédemment, est plus que correcte. Non, la faute vient belle et bien ici du scénario mal construit. Tantôt on nous parle de la drogue, tantôt on nous parle de changer de vie, puis on revient sur la drogue, et puis finalement on nous parle de famille, eh non perdu on était en fait en train de parler de dro… stop ! Vous voulez en-venir-où ?! A la fin du film on se dit « ouais, c’était vachement chouette à regarder ! » notamment grâce à un rythme soutenu et aux acteurs remarquables. Puis, vient l’instant du « Ok, mais en fait, ce film, il m’a offert quoi réellement ? ».

Après réflexion, le spectateur est face à un scénario est complètement creux, dissimulé derrière des acteurs absolument fabuleux et à un rythme intense et maitrisé. Bilan très mitigé pour Mauvaise Graine qui nous fait passer un bon moment sur le coup.