[AVIS] Noces, frappe fort !

Synopsis :
Zahira, belgo-pakistanaise de dix-huit ans, est très proche de chacun des membres de sa famille jusqu’au jour où on lui impose un mariage traditionnel. Ecartelée entre les exigences de ses parents, son mode de vie occidental et ses aspirations de liberté, la jeune fille compte sur l’aide de son grand frère et confident, Amir.

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Les thématiques abordées sont compliquées. Les faux-pas pouvaient facilement se multiplier. Pourtant, Noces, le dernier film de Stephan Streker, est une vraie réussite. C’était casse-gueule. Le pari est relevé avec succès.

Avant d’être un film sur la religion, c’est avant tout une superbe œuvre sur le respect des traditions et du multiculturalisme. A aucun moment Noces ne prend parti pour l’un des deux côtés de la situation sensible du personnage principal. La réflexion du public fait partie de l’expérience proposée par cette réalisation percutante. La jeune femme au centre de toutes les attentions est jouée par la talentueuse et rayonnante Lina El Arabi. Noces pourrait être le film grâce auquel sa carrière prendra son envol. Et cela serait mérité ! Elle interprète Zahira, une Pakistanaise immigrée en Belgique. Enceinte au début du film, elle doit se faire avorter. Elle est placée dès les premières secondes dans une situation délicate qui nécessite un choix. C’est un protagoniste très complexe qui se dresse devant le spectateur. Elle ne renie jamais sa religion. Elle est très attachée à ses traditions. Mais à côté de cela, elle doit vivre dans son temps, avec ses copines, les garçons, les sorties… Deux mondes qui ont du mal à s’accorder. La jeune fille veut vivre dans l’un comme dans l’autre.

Comment ne pas bafouer ses traditions au profit d’une vie fougueuse ? Le compromis est plutôt simple, sauf quand il s’agit d’imposer à une femme un choix de vie irréversible : le mariage. Zahira semble emprisonnée dans une spirale infernale. Quel que soit son choix, cela fera des dégâts. Doit-elle alors se battre pour sa liberté ou conserver la stabilité de sa cellule familiale en sacrifiant, peut-être à ses dépens, une partie de sa vie ? Noces déploie des arguments efficaces pour chaque réponse possible. Les problématiques sont nombreuses et toutes défendues par des personnages dont l’avenir est en jeu. Un jeu de dialogues et de débats simplement époustouflant.

L’immersion au cœur de la famille de la jeune femme permet d’écouter tous les raisonnements de la même façon, sans prendre partie dès le début du film. Les caméras sont souvent positionnées à hauteur des protagonistes. Qu’ils soient debout ou assis dans le canapé, nos yeux sont à leur hauteur. Le public est au cœur des troubles. Mais le rythme du film est également source d’angoisse au niveau temporel. Les minutes et les jours passent alors que le processus de réflexion ne demande qu’à se reposer pour mieux cerner les multiples enjeux. Techniquement, cette rapidité s’exprime grâce à de nombreux travellings. Ils donnent, en plus, une dynamique agréable.

La réalisation de Stephan Streker ne se concentre pas uniquement sur ce fameux mariage forcé mais aborde de nombreux thèmes sociaux, comme l’immigration professionnelle ou l’insertion culturelle. Mais Noces évoque aussi des sujets plus légers, par exemple la solidité et le bénéfice d’une amitié d’enfance. On retrouve alors des seconds rôles saisissants, comme la meilleure amie de Zahira jouée par Alice de Lencquesaing. Dans les scènes où les deux jeunes femmes sont ensemble, les mots laissent parfois la place à un silence chaleureux et réconfortant. Un silence fort en sens et dégageant l’amitié la plus pure. A noter aussi : Sébastien Houbani, interprète du frère de la Pakistanaise, factuellement plus discret dans le film, mais tout aussi rayonnant que Lina El Arabi.

Présenté dans divers festivals, Noce mène son bout de chemin. Mais le film saura-t-il se faire une place au cinéma en pleine période d’Oscar ? Nous le lui souhaitons.