[AVIS] Tout s’est bien passé (2021) François Ozon

Tout s'est bien passé
Réalisation : François Ozon
Scénario : Rory Haines, Sohrab Noshirvani, Michael Bronner
Avec : Sophie Marceau, André Dussollier, Charlotte Rampling, Grégory Gadebois... 
Photographie : Hichame Alaouié  
Musique :  Artistes Divers
Distribution : Diaphana Distribution 
Durée : 1h53 min
Genre : Comédie Dramatique
Date de sortie : 22 Septembre 2021 
Affiche du film Tout s'est bien passé

Emmanuèle, romancière épanouie dans sa vie privée et professionnelle, se précipite à l’hôpital, son père André vient de faire un AVC.
Fantasque, aimant passionnément la vie mais diminué, il demande à sa fille de l’aider à en finir.
Avec l’aide de sa sœur Pascale, elle va devoir choisir : accepter la volonté de son père ou le convaincre de changer d’avis.

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Tout s’est bien passé ou le titre aussi cynique que fataliste du dernier film de François Ozon. Un long-métrage très différent de son Été 85, aventure romantico-dramatique au goût nostalgique des premiers amours intenses et sincères. Non, Ozon décide cette fois-ci d’aborder un tout autre sujet, bien moins gai, bien moins chaleureux : la mort.

Auprès de Sophie Marceau, il trouve la femme idéale pour accompagner tendrement, courageusement et avec un amour inconditionnel, André Dussollier, son père malade et mourant qui désire en finir. Et quel plaisir de voir l’écriture du réalisateur nous mettre à nu, nous spectateurs, car comme Dussollier, et comme ses filles, nous désirons aussi en finir. Non pas que le film soit mauvais, loin de là, parce qu’au contraire, c’est bien ce sentiment malsain qui en fait un film superbe.

L’on contemple la dureté d’accompagner, voir d’assister une volonté de fer, pire encore, celle d’un père, de mourir grâce à ses filles. Quel sentiment immonde et pénible nous avons à contempler Sophie Marceau déambuler avec fatigue et dévouement, une épée de Damoclès sur sa tête, en attendant enfin que tout se finisse. Comme elle, nous espérons, s’attachant à ce vieux débris diminué, égoïste qui demande l’impossible. Mais comme elle, nous désespérons aussi car l’envie n’est plus de vivre, du moins plus comme ça, mais bel et bien de mourir. 

Image du film Tout s'est bien passé
Géraldine Pailhas , Sophie Marceau , André Dussollier

Nous désespérons face à cette volonté, face à l’inéluctable et ce sentiment d’impuissance malgré le courage indescriptible de ses filles. Toujours derrière, attentionnées, prêtes à tout donner, l’envie de vivre, d’aimer et de découvrir. Et quelle tristesse déchirante de voir ces efforts de chaque jour, chaque seconde, ne pas porter ses fruits.

Mais cette adaptation du roman éponyme de cette même Emmanuèle Bernheim, offre une pointe de tendresse et de légèreté dû à cette acceptation de l’inéluctable. L’envie de mourir en devient risible. Cet acharnement, souvent mal placé, maladroit et très égoïste du vieil homme pour enfin en finir, devient drôle autant que c’ est agaçant. Toutefois que pouvons nous dire ? Qui sommes nous pour juger sa volonté ? De simples spectateurs incapable de se mettre à sa place car nous ne sommes pas lui. Lui, cet être unique qui semble si indifférent apparaît finalement comme fatigué, profondément fatigué malgré son amour pour ses proches. Bien qu’il ne le montre pas, c’est toute la subtilité de ce personnage qui souffre tout du long et fait souffrir par la même occasion.

Si sa femme est autant fascinée par la couleur grise c’est bien qu’elle a comprit que son mari, à l’image des autres, n’est ni tout noir, ni tout blanc. C’est un contraste de multiples complexités que peut avoir un être dans sa vie. C’est l’image même de ce que dépeins François Ozon dans sa filmographie : de multiples couleurs qui une fois mélangées finissent toujours grises.

Et c’est un beau sentiment de voir autant d’amour, de tendresse et d’humour pour un sujet aussi lourd et importants car à défaut de mettre de multiples couleurs dans son film, c’est bien en nous spectateurs que les couleurs apparaissent en visionnant son œuvre. 

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