[AVIS] Une Colonie, que font les ados la nuit ?

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Synopsis :
Mylia, une enfant timide et farouche de 12 ans, s’apprête à quitter sa campagne natale pour la grande école. À la recherche de repères dans ce milieu qui lui semble hostile, elle apprendra à mieux se connaître à travers la rencontre de Jimmy, un jeune autochtone marginal de la réserve voisine. Mylia avancera comme elle peut, parfois maladroitement, en se frottant à l’absurdité de l’adolescence, à ses malaises et à ses petites victoires.

3.5

« Si un jour je deviens comme les autres, tue moi » ponctue Mylia, l’héroïne d’Une colonie de Geneviève Dulude-De Celles, à la fin d’une lettre. Interprétée par la phénoménale Emilie Bierre, la blondinette de 12 ans, aussi discrète et effacée qu’une poule dans un chenil, se frotte à la réalité de son quotidien de provinciale qui débarque dans une nouvelle classe, aussi hostile que le fond d’un casier métallique. Entre ce nouvel établissement, les cabotinages de sa petite sœur Camille, ses parents qui se déchirent et son passage de l’enfance à l’adolescence, Mylia chancelle sur sa route, éclairée par instant par la présence quasi mutique et raisonnée de son voisin Jimmy, un jeune autochtone méché. Pour des raisons qui diffèrent, tous deux sont rejetés et incompris de leurs camarades. C’est pourtant grâce à eux que les deux adolescents vont être amenés à se fréquenter et à s’apprivoiser pour surmonter les brimades.

Récompensé entre autres des prix de meilleur film et de meilleure actrice aux Canadians Awards 2019, Une colonie est un bouleversant récit initiatique qui sortira en salles le 6 novembre prochain. À travers ses nombreuses problématiques et thématiques que sont le passage à l’adolescence, l’intégration dans un groupe, la découverte de sa sexualité ou encore les leçons de civisme, le tout filmé avec une infinie justesse, Une colonie propose un point de vue universel sur ce moment charnière dans le quotidien d’une jeune fille réservée, en proie au sempiternel doute et à l’oppression exercée par un groupe.

Il s’agit du premier long métrage de fiction de la réalisatrice, et pourtant le cadre ainsi que le sujet de cette histoire, presque tournée en huis clos, a déjà fait l’objet de deux précédents films : La coupe un court métrage de fiction réalisé en 2014, vainqueur du festival de Sundance, et Bienvenue à FL, un long métrage documentaire réalisé l’année suivante. Avec ce casting impeccable où les jeunes ont le sentiment de devoir vieillir plus vite pour se donner de la contenance, la réalisatrice met un point d’honneur à représenter à travers un large éventail de personnages, les multiples réactions que provoque ce trouble en eux, tant dans les relations entre ados et adultes, qu’entre jeunes d’origines et de croyances semblables ou non.

Ainsi, le film s’ouvre et fonctionne par contrastes et oppositions. La pureté du geste protecteur de Camille, la petite sœur de Mylia interprétée par Irlande Côté, qui tente de protéger le cadavre d’une poule déchiquetée par les chiens, provoque le rire moqueur des camarades de sa sœur, qui n’ose ou ne sait comment réagir, et qui la laisse dans son embarras.

Avec son visage d’angelot et sa maturité déconcertante, Mylia a quant à elle une réputation souillée par la médisance des autres collégiens et la prétention, ou plutôt les aprioris xénophobes que véhiculent les habitants de sa bourgade. Son chemin de croix va donc consister à apprendre à s’écouter et à dire non pour ne pas être une cible facile des vices inhérents à la jeunesse d’aujourd’hui.

Si elle se sent bien souvent contrainte de faire bonne figure pour être acceptée dans le groupe de pimbêches, Mylia est régulièrement remise sur le droit chemin par Jimmy (Jacob Whiteduck-Lavoie) lui aussi méprisé et esseulé. Très, voire trop mystérieux, on regrettera le peu de place et de temps de présence à l’écran qu’on cède à ce héros aka Jiminy Cricket.

En définitive, plus qu’un simple premier film prometteur, Une colonie est une œuvre nécessaire car elle agit tel un médiateur sur les spectateurs, qu’ils soient du même âge que le personnage de Mylia, ou bien qu’ils aient déjà quitté les bancs de l’école depuis longtemps. Avec cette photographie granuleuse aux tons chauds, la réalisatrice est brillamment parvenue à dépasser la structure classique du teen movie / parcours initiatique, pour nous offrir sans pincette, un récit fait d’anecdotes ancrées dans le réel, et donc aussi joyeuses que bouleversantes et choquantes.

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