Don McGowan
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Anecdote
L'entrée royale d'Henri II à Rouen est une fête organisée à Rouen le 1er octobre 1550. Cette entrée royale est la troisième du règne du roi de France Henri II. C'est à la fois une cérémonie officielle qui montre la loyauté de la ville au roi et une grande fête, pour laquelle Rouen cherche à surpasser les entrées royales précédentes.
La fête est d'abord un défilé que le roi contemple d'une tribune. Il voit passer des représentants de la ville, des autorités politiques, religieuses et judiciaires et des bourgeois rouennais, qui manifestent ainsi leur soumission au roi et implorent sa protection. Défilent aussi des animaux et des chars inspirés des triomphes romains, montrant successivement la Renommée, Vesta et enfin Fortune, qui célèbrent la gloire d'Henri II et de sa famille, ainsi que des soldats très nombreux.
La seconde partie du défilé est l'entrée dans la ville du roi et de sa suite. Le spectacle qui lui est offert au fur et à mesure de son avancée est profondément original. Sur la Seine, les Rouennais donnent à voir au roi une fête brésilienne, selon l'expression employée par un historien postérieur. Une cinquantaine de Tupinambas accompagnés de 250 Normands reconstituent le Brésil en une scène rurale de troc et d'alliance entre Amérindiens et Français, suivie d'une scène de guerre pendant laquelle les Tupinambas vainquent leurs ennemis indigènes.
À l'entrée du pont sur la Seine, un spectacle mythologique attend le roi, autour des figures d'Orphée, d'Hercule et de Neptune, ce dernier plongeant dans les flots pour en ressortir et offrir au roi un trident. Cet épisode s'accompagne de la troisième séquence de la fête brésilienne : une naumachie, au cours de laquelle un bateau français remporte la victoire sur une caravelle portugaise. Ainsi, les trois séquences de la fête brésilienne exposent deux coalitions antagonistes, Français et Tupinambas d'un côté, Portugais et leurs alliés, probablement les Tupiniquims, de l'autre. Il ne s'agit pas d'une reconstitution méprisante ni de l'exposition d'une forme de domination, mais de l'illustration de rapports basés sur l'alliance.
Entrant dans la ville elle-même, le cortège peut voir d'autres scènes mythologiques convoquant Saturne, Hector, Pégase et Égérie dans les champs Élysées. Il s'achève par un Te Deum dans la cathédrale. Le lendemain, les mêmes scènes, à quelques détails près, sont rejouées pour l'entrée de la reine Catherine de Médicis.
La fête est décrite dans plusieurs livres illustrés publiés à Rouen peu de temps après et l'année suivante. Ce sont ces sources qui permettent de connaître cet événement et d'en comprendre le sens. Les Rouennais, principalement la noblesse de robe qui organise cette fête, donnent à voir à leur roi une allégorie d'un processus civilisationnel, de la barbarie vers l'ordre. Cette fête montre aussi la connaissance réelle que les Normands ont des peuples du littoral du Brésil, connaissance nourrie par cinquante ans de rapports commerciaux et culturels égalitaires avec les Amérindiens.