[AVIS] Café Society, la crème de la crème !

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Synopsis :
New York, dans les années 30. Coincé entre des parents conflictuels, un frère gangster et la bijouterie familiale, Bobby Dorfman a le sentiment d’étouffer ! Il décide donc de tenter sa chance à Hollywood où son oncle Phil, puissant agent de stars, accepte de l’engager comme coursier. À Hollywood, Bobby ne tarde pas à tomber amoureux. Malheureusement, la belle n’est pas libre et il doit se contenter de son amitié. 
Jusqu’au jour où elle débarque chez lui pour lui annoncer que son petit ami vient de rompre. Soudain, l’horizon s’éclaire pour Bobby et l’amour semble à portée de main…

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Il y a à peine plus de six mois, L’homme irrationnel sortait dans les salles françaises : un Woody Allen en petite forme, avec un couple Joaquin Phoenix – Emma Stone qui peinait alors à nous transcender. Ouvrir le 69è Festival de Cannes avec Café Society est donc un pari, celui de nous réconcilier avec un réalisateur qui revient à ses premières amours (ou presque), avec un film entre New York et Hollywood, où le revenant Jesse Eisenberg (déjà apparu dans To Rome with Love en 2012) s’effarouche de la belle Kristen Stewart. Il semblerait bien que ce soit là que le cinéaste puise toute son inspiration, et retrouve la force de ses plus grands films…

La recette de Café Society ne comporte pourtant rien de surprenant au premier abord, puisque les règles instituées par le chef Woody Allen sont encore et toujours respectées à la lettre : prenez un générique sobre, où chaque acteur est placé sur un pied d’égalité, cité par ordre alphabétique, sous fond d’une inévitable musique jazz… Ajoutez ensuite quelques petites occurrences de voix-off, non pas assurées par les acteurs principaux, comme nous avons pu le vivre avec L’Homme irrationnel, mais par le réalisateur lui-même. Quand on vous parle d’un retour aux sources, c’est bien parce que le cinéaste n’avait pas eu recours à cette pratique depuis 1999 avec Sweet and Lowdown (si l’on ne compte pas les films dans lesquels Allen joue directement). Le réalisateur joue avec le feu, berçant d’un côté son spectateur dans ce qu’il a l’habitude de voir et revoir chaque année, tout en osant se renouveler un peu. Là où Magic in the Moonlight et L’Homme irrationnel échouaient à construire toute forme de surprise, d’étonnement ou de réelle émotion chez son spectateur, donnant l’impression d’être face à un petit mélange d’une filmo passé au blender, Café Society passe du Ricoré au Café Belleville.

Woody Allen est parvenu à se bonifier en dénichant Vittorio Storaro à la photographie : là où l’image de ses précédents films n’avait rien de bien marquant, celle du cinéaste italien sublime les paysages urbains à travers lesquels Café Society nous emporte, des villas les plus huppés de Los Angeles à ses plages, jusqu’aux beaux quartiers de New York, Central Park, mais aussi sa banlieue. Le tout grâce à une magnifique lumière qui fait beaucoup de bien à nos rétines, autant dans les scènes les plus anodines (Jesse Eisenberg à une cabine téléphonique sous un soleil levant) que dans les excentriques décors festifs.

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C’est encore un New York circoncis que nous montre Woody Allen, celui qui lui a toujours tenu à cœur. C’est un New York limité socialement. La base sociale et ethnique est très homogène et étroite. On navigue dans des milieux de classe moyenne, des artistes, universitaires. Il en fait toujours une cité de rêves nostalgiques dont la manifestation emblématique est l’ouverture de Manhattan (1979). Café Society retrouve tout l’éclat de ces premiers films. Les personnages sont confrontés au fait de maitriser le savoir culturel ou non. Il faut s’astreindre aux codes culturels et Allen moque la prétention de certains à maitriser ou non ces codes, en témoigne l’énorme fossé entre la famille proche de Bobby (Jesse Eisenberg), plutôt modeste (si l’on exclut le frère Ben – Corey Stoll, mafieux à la discrétion sans égal) et la vie de son oncle Phil (Steve Carrell), qui se complaît dans les mondanités hollywoodiennes. Les couples qui se forment au sein des films de Woody Allen et qui restent heureux après le film sont assez rares sur l’ensemble de sa filmographie. L’infidélité, qui a toujours été au cœur de ses problématiques, refait ici surface, tout comme la fraternité et la solidarité familiale car, malgré la distance pouvant les séparer, Bobby tient toujours une conversation suivie avec sa sœur Rad (Parker Posey).

Woody Allen s’est ressuscité dans ce film. Lui qui, avant, occupait toujours les rôles principaux, avait disparu de l’écran. Sa renaissance ici passe par le personnage de Jesse Eisenberg, parfaite copie de sa propre personnalité. Il aime jouer les machos mais va finir par se faire dominer par les femmes, ce qui constitue souvent une retranscription de ce que le réalisateur a vécu dans sa jeunesse. Eiseinberg séduit particulièrement par sa gaucherie et sa maladresse face à un monde auquel il est complètement étranger, tout en se confrontant à la relation conflictuelle qui surplombe sa famille ; un thème qui revient très fréquemment tout au long de ses films. Allen s’appuie sur le cliché de la famille juive, avec Jeannie Berlin dans le rôle d’une mère juive abusivement protectrice et envahissante, fracassante envers son mari Marty (Ken Stott). C’est surtout en renouant pleinement avec l’humour que Café Society nous épate, à travers cet épatant portrait de famille, mais aussi par la romance farfelue qu’entretient Bobby avec Vonnie (Kristen Stewart). L’actrice est ici plus rayonnante que jamais, attachante, drôle, et émotive ; tremblez donc, éternels détracteurs post-Twilight ! À ce duo rayonnant s’ajoute l’irréprochable Steve Carrell, certainement plus apte à tenir ce rôle que l’aurait été Bruce Willis (ah, ce lâche !).

D’un film à l’autre, Woody Allen joue avec ses propres gimmicks, avec plus ou moins de passion. Mais Café Society, c’est la crème de la crème !

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