[AVIS] Les Enfants du temps : un nouveau chef-d’œuvre pour Makoto Shinkai !

Les Enfants du Temps
Réalisé par : Makoto Shinkai
Avec les voix de :  Gabriel Bismuth-Bienaimé, Maryne Bertieaux, Jérôme Pauwels
Date de Sortie: 8 janvier 2020
Durée : 1h 54min

Synopsis :

Jeune lycéen, Hodaka fuit son île pour rejoindre Tokyo. Sans argent ni emploi, il tente de survivre dans la jungle urbaine et trouve un poste dans une revue dédiée au paranormal. Un phénomène météorologique extrême touche alors le Japon, exposé à de constantes pluies. Hodaka est dépêché pour enquêter sur l’existence de prêtresses du temps. Peu convaincu par cette légende, il change soudainement d’avis lorsqu’il croise la jeune Hina…

Affiche du film Les Enfants du Temps

4.5

Après avoir vu son « Your Name », difficile de penser que Makoto Shinkai puisse rééditer un exploit aussi énorme que celui de faire un film aussi grand et populaire, bien au delà des frontières des fans d’animation japonaise. Difficile aussi de penser que ce nouveau film ne décevrait pas, tant Your Name paraît inatteignable. Et pourtant, malgré toute la pression qui l’entoure, il n’a pas déçu. Makoto Shinkai a réalisé un nouveau grand film.

La filmographie de Makoto Shinkai regorge de pépite et « Les enfants du temps » ne dérogeront pas à la règle, c’est une nouvelle pépite à mettre au crédit d’un génie de l’animation japonaise. Il signe sa 4ème collaboration avec le studio d’animation CoMix Wave films, et l’on peut aisément comprendre dès l’ouverture du film, pourquoi cette association est aussi souvent renouvelée. Une ouverture absolument dantesque avec un plan séquence de génie qui se joue du temps, des éléments ainsi que de nos sens. Le ton est envoyé et l’aventure commence.

Elle commence avec des personnages à la Makoto Shinkai ou à la Your Name plutôt. Le jeune Hodaka fuit son île apparemment isolé et part vers la capitale japonaise. Ce jeune protagoniste nous amène dans les premières minutes du film à nous questionner sur le Tokyo moderne et la difficulté d’y vivre si on ne peut se fier qu’à soi-même. Mais Hodaka est finalement à l’image de la plupart des protagonistes de Shinkai, tant au niveau du caractère qu’au niveau du design, ce qui pourrait à la longue, potentiellement être reproché puisque c’est aussi le cas d’Hina. Ces personnages ne possèdent pas de défauts apparents, mi à part leurs maladresses naturelles, ce qui ne sort jamais réellement de l’univers auquel l’artiste nous a habitué. Toutefois là où l’écriture du réalisateur japonais évolue, c’est dans la création et l’utilisation de personnages adultes, marquants, qui ont un véritable impact sur les protagonistes (au contraire de ses autres films où l’adulte reste assez souvent en retrait, sauf dans La tour au delà des nuages). Les adultes seront donc plus sensibles au film, le film traitant de sujets parfois plus matures par le biais de ces personnages ; une tâche ardue lorsque l’on connaît les préjugés, notamment en France, concernant l’animation et plus particulièrement japonaise. On touche donc ici, un public plus large, sans oublier qu’il est simple de s’attacher aux personnages du réalisateur , tant ils apparaissent sympathiques, et ce, malgré leurs choix parfois discutables. Chacun a un caractère, un passé qui le rend unique, utile et agréable à suivre dans cette histoire se passant dans une ville qui ne paraît aucunement agréable. 

Tokyo est grand, Tokyo est beau, Tokyo est immense, on étouffe sous tant de gigantisme noyé sous la pluie qui s’abat en continue. Une pluie dont on ne connaît pas les origines et qui sera, aussi, un des protagonistes de cette histoire, à l’image du Jardin des mots.

Image du film Les Enfants du temps

Et c’est ainsi que Shinkai aborde 2 thèmes chers à sa filmographie : la critique sociale (du moins, du mode de vie japonais) et l’écologie, qu’il affirme un peu plus dans ce film malgré une petite phrase maladroite en court de film. La fin aussi pose question sur la question écologique abordée, doit-on accepter ce changement climatique au point de s’y adapter ? C’est une piste de réflexion qu’apporte l’œuvre en plus d’y apporter une certaine féerie. Le temps, ou plutôt la météo est, dans ce film, mystifiée par l’univers du réalisateur qui nous emporte dans un monde où une simple jeune fille peut arrêter la pluie, l’espace d’un moment, un instant et illuminer ces paysages urbains si sombres et austères.

L’animation si belle, si splendide et spectaculaire se base sur ce jeu constant de lumière, entre la pluie et le soleil, l’ombre et la lumière ; c’est un travail graphique à la limite de l’impressionnisme qui se déroule sous nos yeux ébahis par une telle beauté picturale. Même la violence semble belle tellement on la ressent, tellement elle est magnifiquement bien représentée, que ce soit en terme d’animation ou de son. Ce son sourd qui témoigne de la brutalité des coups et des chocs. Sans oublier l’utilisation de la 3D pour certaines scènes de mouvements ou de représentations, notamment de Tokyo ou de certaines actions dont le ressenti est vraiment impressionnant, presque digne d’un Marvel. 

Les Enfants du Temps au delà d’être beau, est spectaculaire.Tout ce qui se fait de mieux en terme d’animation moderne est dans ce film.

Et tout ça est parfaitement accompagné d’une BO a couper le souffle, ce qui rend les scènes plus épiques encore et plus impressionnantes. De plus, ce qui étonne, c’est aussi toute cette maestria autour de l’utilisation du son,  alternant entre le doux piano sentimentale et ces enchaînements du montage, lancés par cette musique rock, contrastant avec la représentation même de la pluie mélancolique et de la ville si grande et sobre. Le montage se base sur la musique, ce jeu de transition lent et parfois extrêmement dynamique si agréable par son coté surprenant.

Image du film Les Enfants du temps

Ce coté surprenant se traduit aussi au niveau du scénario où l’on attendait pas un Makoto Shinkai aussi impressionnant au travers de son gigantisme et de ces scènes si fantastiques. Rien que le principe de base de cet univers est à la fois époustouflant et extrêmement poétique. Le réalisateur semble mûrir et vouloir nous montrer de nouvelles facettes de sa créativité.

Et bien que le scénario de ces Enfants du Temps soit assez proche de celui de « Your Name » notamment au travers du thème central de la filmographie du réalisateur, l’amour ; mais aussi le déroulement du film, ainsi que cette envie de réécrire l’Histoire, qu’il s’agisse du passé (« Your Name ») ou du futur (l’écologie dans ce film). L’artiste arrive cependant a faire ressentir de fortes émotions dans ce film avec une facilité d’écriture incroyable. L’humour est ici bien plus présent, et plus efficace, mais la tristesse, la mélancolie, l’attachement, ainsi que l’amour restent les piliers de son cinéma.

Les Enfants du Temps c’est un cinéma qui dans cette œuvre souffre parfois d’un coté très « shonen », qui rend l’action presque burlesque et gâche le moment précédent. C’est dommage mais ça reste un petit point noir au milieu d’un océan magistral.

A noter que si la V.O. reste inébranlablement le meilleur moyen de découvrir le film, les américains ont proposé un casting vocal bien intéressant avec notamment Riz Ahmed et Alison Brie.

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