Les Anecdotes #48 – The Program (2015)

The Program est un film réalisé par Stephen Frears, sorti en salle le 16 septembre 2015 en France. On y retrouve Ben Foster, Chris O’Dowd, Guillaume Canet, Jesse Plemons, Lee Pace, Dustin Hoffman et Denis Ménochet.

Synopsis :

Au sommet de sa gloire, Lance Armstrong est considéré comme un héros mondial : survivant du cancer, septuple vainqueur du Tour de France, symbole de la volonté et de la résilience. Mais derrière cette légende se cache un secret soigneusement orchestré. Le journaliste David Walsh, isolé mais tenace, mène l’enquête sur ce champion au parcours trop parfait. Son obsession va le conduire à dévoiler le plus grand scandale de dopage de l’histoire du sport moderne : un programme organisé, soutenu et imposé par Armstrong lui-même. Entre ascension, mensonge et chute, The Program retrace la mécanique implacable d’un mensonge d’État sportif.

🚴‍♂️ 1. Un biopic stoppé net en 2005

Dès les premières victoires d’Armstrong au Tour de France, le projet d’un biopic officiel se met en place. Frank Marshall (Indiana Jones, Retour vers le futur…) produit, et Matt Damon est pressenti pour incarner Lance. Le film est en cours de développement : tournage de la fameuse arrivée triomphale sur les Champs‑Élysées prévu.
Mais début 2006, les premières rumeurs de dopage émergent, entraînant l’annulation du projet. Le script est alors remanié et le projet relancé avec Jack Gyllenhaal, sans qu’un film ne se concrétise. Ce projet aurait été produit par Sony Pictures, mais il est vite abandonné quand les aveux deviennent inévitables.


🎬 2. The Armstrong Lie du retour à la chute

En 2012, la vérité éclate enfin : Lance Armstrong est officiellement déchu de ses sept titres du Tour de France, après des années de dénégations. C’est un tremblement de terre pour le sport mondial — et une mine d’or pour le cinéma.

À peine quelques mois plus tard, Alex Gibney, célèbre documentariste (Oscarisé pour Un taxi pour l’enfer), livre The Armstrong Lie. Initialement parti pour filmer le grand retour d’Armstrong en 2009, Gibney se retrouve à chroniquer sa chute en temps réel. Son documentaire, puissant et glaçant, sort en 2013.


🎥 3. Bradley Cooper et J.J. Abrams dans la course

En janvier 2013, juste après les aveux de Lance Armstrong dans l’interview explosive avec Oprah Winfrey, Paramount Pictures et Bad Robot, la société de production de J.J. Abrams, annoncent qu’ils ont acquis les droits du livre « Cycle of Lies: The Fall of Lance Armstrong » de la journaliste du New York Times, Juliet Macur.

L’annonce fait l’effet d’une bombe dans l’industrie : la chute d’Armstrong est encore chaude, le public est fasciné, et le duo Abrams/Cooper fait saliver les studios. À l’époque, plusieurs sources indiquent que Bradley Cooper pourrait produire… et même incarner Lance Armstrong lui-même.

Cependant, le projet ne dépasse jamais le stade de développement. En mars 2013, Cooper déclare à la presse qu’il n’a jamais été officiellement attaché au rôle mais admet qu’il a été intéressé par l’histoire, étant lui-même passionné de cyclisme. Il avait même déjà joué un cycliste dans The Words (2012), où son personnage est fasciné par les performances physiques.

Il semble que le projet ait été mis de côté pour plusieurs raisons :

  • La sortie imminente du documentaire The Armstrong Lie d’Alex Gibney en 2013
  • La complexité des droits (plusieurs livres et points de vue en concurrence)
  • Et probablement, l’arrivée rapide de Stephen Frears et Ben Foster, qui ont bouclé The Program bien plus vite.

🧠 4. Un sujet brûlant… sans réalisateur

Juste après les aveux de Lance Armstrong en Janvier 2013, dans les coulisses de Working Title Films, on planche déjà sur un long-métrage de fiction, centré non pas sur la chute, mais sur le « programme » de dopage orchestré autour d’Armstrong. Il faut un cinéaste capable de traiter ce sujet sensible sans faire du sport un simple décor. Un réalisateur capable de décortiquer les jeux de pouvoir et de manipulation. C’est là qu’intervient Stephen Frears.

Révélé avec My Beautiful Laundrette, encensé pour The Queen, Frears est un spécialiste des portraits ambigus et des figures publiques. Ce n’est pas un fan de vélo — loin de là — mais c’est justement ce regard extérieur, presque clinique, qui convainc les producteurs. Pour lui, Armstrong n’est pas un athlète, c’est un personnage tragique, un menteur de génie, une figure quasi shakespearienne.


🎞️ 5. De la fiction au réel

Pour renforcer le réalisme du film, des images d’archives du Tour de France ont été intégrées à certaines séquences. Des techniques de deep compositing ont permis d’incruster Ben Foster au milieu de véritables pelotons filmés dans les années 2000. Un défi technique, notamment pour assurer la continuité visuelle et la crédibilité des scènes.


🎭 6. Un acteur prêt à tout

Pour coller au plus près de la réalité, Ben Foster a avoué s’être dopé durant sa préparation au rôle, prenant des substances similaires à celles utilisées par Armstrong pendant sa carrière. Une démarche controversée mais assumée par l’acteur, qui souhaitait « comprendre de l’intérieur » les effets physiques et psychologiques de ces produits.

Il a aussi perdu énormément de poids et s’est entraîné comme un cycliste professionnel pour incarner au mieux le coureur américain.

Image making of de The Program

🚴‍♂️ 7. Ben Foster coaché par un ancien dopé du peloton

Pour incarner Lance Armstrong de façon authentique, Ben Foster a été encadré par David Millar, ancien cycliste professionnel britannique et lui-même ex-dopé repenti. Millar, qui a couru pour Cofidis et Garmin, est une figure majeure du peloton des années 2000, et un témoin privilégié des dérives de l’époque.

Après avoir été suspendu en 2004 pour usage d’EPO, Millar est devenu l’un des porte-voix de la lutte antidopage. Sa collaboration avec Ben Foster sur The Program n’est donc pas anodine : il apporte à l’acteur une connaissance intime du système de dopage, mais aussi de la psychologie du coureur pris dans l’engrenage.

Millar a accompagné Foster pendant ses entraînements, lui a appris les réflexes du peloton, les postures réalistes, le langage corporel d’un coureur de haut niveau. Mais surtout, il lui a expliqué ce qu’on ressent sous l’effet des produits dopants, et comment le mensonge devient un mode de vie dans ce milieu.


🧪 8. Guillaume Canet est Michele Ferrari

Le réalisateur Stephen Frears cherchait un acteur capable d’incarner une autorité froide, clinique, presque déshumanisée, loin des caricatures de « savant fou ». Ferrari n’est pas un vilain flamboyant : il est calme, méthodique, presque invisible, mais terriblement influent.

Aussi; The Program est une coproduction européenne (Royaume-Uni, France, Belgique), distribuée en France par StudioCanal. Le choix de Guillaume Canet, populaire dans le cinéma français, permettait aussi de séduire le marché francophone et d’ancrer le film dans un contexte plus large que celui des seuls États-Unis.

Ferrari étant italien, le choix d’un acteur français avec une bonne maîtrise des accents permettait aussi d’éviter une caricature linguistique : Canet a travaillé avec un coach vocal pour adopter un anglais teinté d’italien crédible mais discret.

Image making of de The Program

🚴‍♂️ 9. Des cyclistes pros dans le peloton du film

Pour renforcer l’authenticité de The Program, la production a fait appel à de véritables cyclistes professionnels et anciens coureurs pour incarner les coéquipiers, les rivaux, et les membres du peloton autour de Lance Armstrong. Ces athlètes ont joué un rôle crucial pour donner au film son réalisme visuel et dynamique.

Parmis eux, Servais KnavenAndreas KlierDirk BellemakersThomas Dekker, Liam HolohanYanto BarkerJoan Horrach ou encore Kevin Hulsmans dans le rôle de Filippo Simeoni


🗣️ 10. Armstrong garde le silence… mais son entourage réagit

Si Lance Armstrong lui-même n’a jamais officiellement commenté le film, certains de ses anciens coéquipiers l’ont critiqué pour son approche sensationnaliste et son manque de rigueur dans les faits.

Par exemple, Tyler Hamilton — un ancien lieutenant d’Armstrong qui avait aussi témoigné contre lui — a confié dans des interviews que le film prenait des libertés importantes avec la chronologie et les dynamiques d’équipe. Il a reconnu la performance intense de Ben Foster, mais a regretté une vision trop centrée sur le mythe Armstrong, au détriment des rouages collectifs du dopage.

Image making of de The Program

➡️ 11. Ballester absent du générique

Pierre Ballester, journaliste et co-auteur avec David Walsh de L.A. Confidentiel (2004), s’est vivement opposé au film car il estime avoir été effacé du récit. Le long-métrage met exclusivement en avant Walsh comme l’unique lanceur d’alerte ayant mis en lumière le dopage d’Armstrong, alors que Ballester affirme avoir été partenaire à parts égales dans cette enquête


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