[AVIS] Le Mans 66, la passion de l’épopée automobile !

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Synopsis :
Basé sur une histoire vraie, le film suit une équipe d’excentriques ingénieurs américains menés par le visionnaire Carroll Shelby et son pilote britannique Ken Miles, qui sont envoyés par Henry Ford II pour construire à partir de rien une nouvelle automobile qui doit détrôner la Ferrari à la compétition du Mans de 1966.

4.5

Quelle tâche difficile que celle de donner goût à des personnes qui ne se sentent en aucun cas concernées par le sujet principal du film, surtout quand il s’agit de sport. James Mangold parvient avec brio à allier le sport automobile au cinéma, à donner goût à son cinéma et à ce sport, et signe là un des films les plus importants de cette année.

Le réalisateur a choisit de s’associer à Chernin Entertainment, tout autant habitué aux grosses productions comme Exodus ou encore La planète des singes qu’aux films moins « Blockbuster » comme Miss Peregrine ou Les figures de l’ombre ; il s’agissait donc d’une association parfaite pour le cinéma de Mangold que l’on pourrait situer à mi-chemin, entre les deux.

Tiré d’une histoire vraie, le défis était immense avec ce Le Mans 66 pour le réalisateur, qui à l’image de Ron Howard avec Rush en 2013, a dû lié avec subtilité et talent le sport automobile au cinéma. Et si la narration reste assez sommaire et commune (bien que parfois surprenante lorsque l’on a pas connaissance de cette histoire), le film de James Mangold n’en reste pas moins d’une efficacité rare, tant dans le fond que dans la forme.

Une forme traduite avec des mouvements de caméras efficaces sans être étincelants, avec quelques plans toutefois assez marquants qui rappellerons parfois Rush. Mangold garde cependant cette patte esthétique bien à lui, exposée avec brio dans Logan qui marche ici tout aussi bien. Certaines séquences, notamment en dehors des courses, jouent sur cette lumière « naturelle » vive que l’on pouvait déjà apercevoir dans Logan, mettant en scène une atmosphère pesante et épuisante autour des acteurs révélant ainsi la véritable personnalité de nos protagonistes. Des protagonistes mis en scène de manière parfois ridicules ou crues, ce qui renforce le caractère réaliste du film voulu par le réalisateur, ainsi que celle de leur relation, elle aussi, assez crue mais profonde. Une relation qui est le centre même du film où la narration repose essentiellement sur eux et leurs actions.

Le film en lui-même prend son temps, tout en étant très efficace. Effectivement, quelques séquences auraient pu être approfondies au niveau de la famille de Ken (Christian Bale), surtout à la fin ou même du passé de Shelby…Toutefois l’émotion est là, elle ne nous lâche pas une seule seconde, entre humour, dégoût, sentiment de révolte mais aussi de plaisir de partager les courses de manière privilégiée grâce à la caméra de James Mangold où les plans subjectifs des pilotes sont étouffants, intenses et nous plonge dans leurs doutes, leurs anxiétés et nous montre par la même occasion ce sentiment d’insécurité contrastant avec cet effet de liberté qu’apporte la vitesse à travers les paysages. On y retrouve particulièrement aussi une utilisation des lumières de phares éclairant ses protagonistes de la manière la plus iconique possible, les rendant presque mythiques. Un jeu entre la nuit et la lumière des phares s’opère alors, rappelant sans doute derrière les lumières de l’automobile, que seule la passion compte à travers l’obscurité représentant ce qui peut étouffer cette dernière. Et c’est sans doute là tout le propos du film, qui bénéficie, pour le sublimer, d’une BO intense signé Marco Beltrami qui a déjà travaillé pour Mangold dans Wolverine : Le combat de l’immortel.

Loin de la rivalité ou de la soif de victoire que l’on aurait pu s’imaginer grâce aux bandes annonces (sans avoir connaissances des faits de cette période), « Le Mans 66 » est un film qui parle de passion, et de la manière la plus pure possible.

Tout cela n’aurait pu voir le jour sans les personnages de Carrol Shelby, ancien pilote qui a dû se retirer à cause de problèmes de cœurs et qui est, au moment du film, un constructeur automobile dépendant de Ford ; et bien sûr Ken Miles, pilote au caractère disons unique et bien trempé. Le métrage va tourner autour de leur amitié face aux exigences de l’écurie Ford. En effet, celle-ci, bien que voulant la victoire à tout prix n’acceptera pas forcément les deux compères comme ils sont, tentant à maintes reprises de les « Changer » afin qu’ils correspondent plus à l’esprit Ford du moment. Le message est assez clair, difficile d’accepter des gens « différents », fonctionnants différemment par rapport à une entreprise, à ce moment, au sommet.

Ce qu’il y a d’intéressant avec ces personnages c’est cette infime contradiction qui les caractérise. Bien qu’étant sensiblement de la même trempe, Carrol Shelby est un gagnant, il n’hésite pas à tout faire afin d’obtenir cette victoire tant désirée. Ken Miles, malgré son égo et son esprit de compétiteur, reste un passionné avant tout , ce qui en fait un personnage fascinant, en plus d’avoir un caractère extrêmement difficile, à l’image, d’après les dire du réalisateur, de Christian Bale lui-même.

Ce dernier qui campe ce rôle avec brio pourrait aisément prétendre aux quelques récompenses qui approchent à grand pas. Sa prestation est telle, qu’elle pourrait bien être une de ses meilleures, et pourtant, la liste est longue…

Matt Damon, quand à lui, n’est pas en reste. Enfin un rôle à la hauteur de son talent ! Le plaisir de revoir l’acteur aussi bon dans un rôle, qui pourrait, lui aussi lui ouvrir la voie de quelques récompenses méritées, sera sûrement partagé.

Les deux acteurs traduisent à merveille cette idée de deux entités proches (bien que différents dans le fond), deux amis capable de tout afin de contenter leurs appétences pour leur passion. La victoire est l’objectif mais passe en second plan derrière la passion, et c’est précisément ce qui fait tout l’intérêt et la grandeur de ce film. Cependant, les personnages secondaires ne sont pas en reste. La femme de Ken par exemple, a un rôle déterminant auprès de son mari. Elle le comprend comme personne et l’épaule quelque soit la situation tout en étant, quand il le faut, dure avec lui. Elle est le soutient dont il a profondément besoin, dont il presque dépendant, à l’image de son fils aussi, qui lui voue une grande admiration. Certaines scènes familiales sont d’ailleurs extrêmement importantes dans la compréhension des personnages ainsi que de leurs volontés. C’est bien fait, ça reste dans le ton et ça apporte ce qu’il faut sans être trop. L’on pourra toutefois reprocher le traitement assez manichéen de certains personnages venant de l’entreprise Ford…Cependant, chaque scène avec chaque personnage (si l’on inclus pas les figurants) apporte quelque chose au film et permet d’aborder certains thèmes, toujours avec justesse, même avec ces personnages.

L’ œuvre aborde énormément de thèmes qui ne s’appliquent d’ailleurs pas qu’aux sportifs comme le fait de ne pas gâcher son talent, l’écoute des autres, aller de l’avant malgré les erreurs ou le reste…etc. Il s’agit d’une œuvre relativement complète, profondément intense et pleine d’émotion. Un divertissement de grande qualité et d’une profondeur l’érigeant sans difficulté, au rang d’œuvre d’art marquante de cette fin d’année.

Et si quelques défauts, si l’on veut être tatillon, viennent potentiellement entaché le film dans son entièreté, le message quand à lui n’est jamais aussi bien passé : vivre et profiter à fond de ce qui nous plaît réellement.

Le Mans 66 est un film à part, une véritable bouffée d’air, qui, bien au delà de la course automobile, est un film spectaculaire de réflexion. C’est un genre que l’on voit aujourd’hui très peu sur grand écran, montré bien souvent de manière très cliché. Ici nous avons un film qui contentera les amateurs de sport (surtout automobile), de grand spectacle mais aussi d’un cinéma parfois plus profond. C’est un film sans prétention qui marque d’une belle manière cette fin d’année 2019, au point même d’en être une des plus belles œuvres. James Mangold confirme que son cinéma est à l’image d’un grand vin, plus le temps passe, plus il devient excellent.

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