[AVIS] Madre, plongée réussie dans le drame intimiste !

Madre
Réalisé par : Rodrigo Sorogoyen
Avec : Marta Nieto, Jules Porier, Alex Brendemühl
Date de Sortie : 22 Juillet 2020
Durée : 2h 09min

Synopsis :

Dix ans se sont écoulés depuis que le fils d’Elena, alors âgé de 6 ans, a disparu. Dix ans depuis ce coup de téléphone où seul et perdu sur une plage des Landes, il lui disait qu’il ne trouvait plus son père. Aujourd’hui, Elena y vit et y travaille dans un restaurant de bord de mer. Dévastée depuis ce tragique épisode, sa vie suit son cours tant bien que mal. Jusqu’à ce jour où elle rencontre un adolescent qui lui rappelle furieusement son fils disparu…

Affiche du film Madre

4.5

Adapté du court-métrage du même nom (nommé aux Oscars en 2019), Madre est le cinquième long-métrage de Rodrigo Sorogoyen, qui s’est notamment fait connaître pour Que dios nos perdone (2016) et El Reino (2018). Il est fascinant de suivre la progression de ce jeune cinéaste, qui de film en film, gagne en assurance, en maîtrise stylistique, et surtout en audace. En effet, Madre représente l’accomplissement d’un cinéaste qui n’a pas peur d’oser, de questionner, voire même de choquer. Hors de question pour lui de tenir la main à ses spectateurs, si ce n’est pour les emmener loin des sentiers balisés et des convenances, qu’elles soient cinématographiques ou morales.

Le film a cela de particulier qu’il est insaisissable et imprévisible, à l’image de son personnage principal (incarné par une Marta Nieto troublante), dont le corps reste marqué par la tragédie de la disparation de son enfant : maigreur inquiétante, quelques cheveux blancs, qui n’enlèvent rien cependant à sa beauté éblouissante. Impossible de cerner ce personnage, dont la blessure trop profonde est impossible à refermer, et qui semble toujours être à la lisière entre deux extrêmes, tantôt ado fêtarde, tantôt femme mature, parfois forte, parfois anéantie. Le lien qui unit cette « Madre » au jeune Jean (interprété avec fraîcheur, innocence et sensibilité par Jules Porier, pour sa troisième apparition au cinéma) est lui aussi d’une grande complexité et ambiguïté, dépassant la compréhension de leurs entourages respectifs (et potentiellement aussi celle des spectateurs). Ainsi, dans ces seconds rôles, on retrouve des visages connus du cinéma français : Frédéric Pierrot et Anne Consigny (qui ont déjà joué ensemble dans la série Les Revenants), parfaits en parents dépassés par les événements et qui ne parviennent plus à comprendre ni raisonner leur fils. Alex Brendemühl est lui aussi impeccable en amant délaissé et perdu.

Image du film Madre
Anne Consigny (Léa) & Marta Nieto (Elena)

Dans Madre, tout est mouvant : la caméra, les motivations des personnages, leurs relations. Rodrigo Sorogoyen et son chef-opérateur Alejandro de Pablo prouvent encore une fois leur maestria avec des plans-séquences grandioses au steadicam (notamment la scène d’ouverture, mémorable) qui ne sont pas sans rappeler le travail de Terrence Malick avec Emmanuel Lubezki. Le parallèle se poursuit également avec l’utilisation splendide de la lumière naturelle et du grand angle, pour être au plus près des personnages. Ainsi, tous les choix artistiques, en passant par les dialogues et le refus de la musique extradiégétique, sont faits de manière à donner au spectateur un fort sentiment de réalisme : Rodrigo Sorogoyen explique lui-même en interview que pour lui, le plan-séquence est « la meilleure imitation de la vie ». 

Après cette plongée réussie dans le drame intimiste, le cinéaste renouera avec le genre thriller dans la série Antidisturbios, qui suivra une équipe de police anti-émeute.

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