[AVIS] Un jour de pluie à New-York, un conte de fée version Woody Allen !

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Synopsis :
Deux étudiants, Gatsby et Ashleigh, envisagent de passer un week-end en amoureux à New York. Mais leur projet tourne court, aussi vite que la pluie succède au beau temps… Bientôt séparés, chacun des deux tourtereaux enchaîne les rencontres fortuites et les situations insolites.



3.5


Qu’on aime ou que l’on n’aime pas son cinéma, les films de Woody Allen ne laissent personne indifférent. Grand conteur ou grand réalisateur ? Ou pourquoi pas les deux ou aucun des deux ? Tantôt génie du 7ème et tantôt cliché de lui-même, le réalisateur nous pond ici son 49 ème long métrage, rien que ça. Un jour de pluie à New-York est à l’image du cinéaste. S’agit-il d’un grand Woody Allen ? Non, mais un très bon. Après le dure mais néanmoins excellent Wonder Wheel , le cinéaste américain propose de nous plonger dans un conte de fée, une histoire romantique à la sauce Allen. Il s’agit de sa troisième collaboration avec Amazon Studios après justement Wonder Wheel ou Café Society. Un studio qui a l’habitude de laisser pas mal de liberté aux réalisateurs (en témoigne les projets  Manchester by the sea  ou encore Neon Demon), tout en lui donnant une toute autre visibilité avec bien sur à la clef, Amazon Prime. Une démarche qui est sans rappeller celle de Martin Scorsese pour son nouveau film, The Irishman. Bref…passons au vif du sujet, que vaut ce nouveau film de monsieur Woody Allen ?

Tout d’abord on ne s’ennuie jamais devant ce film, il n’y a aucun défaut de ton, tout est maîtrisé à la perfection. Enchaînement de quiproquos ou de situations cocasses, on retrouve bel et bien la patte du cinéaste au niveau du scénario. Un scénario parfois très prévisible, très « cucul » mais qui se sauve complètement en assumant totalement ce qui pourrait être qualifié de défaut. On est dans un conte romantique et là où le fatalisme et le cynisme de Woody Allen l’emportent souvent dans ses comédies romantiques, tout va être balayé dans ce film.

Ici ce n’est pas la princesse qui va chercher son prince charmant mais plutôt l’inverse. Comme dit plus haut, Gatsby joué par Timothée Chalamet est un jeune homme intelligent, cultivé…etc seulement c’est aussi et surtout, un romantique. Je dirais même un romantique de l’extrême, à tel point que le seul mot que trouve Ashleigh pour le définir est « pittoresque ». Ça peut paraître dure toutefois c’est très représentatif du personnage.

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Gastby voit ce week-end à New-York comme une chance de pouvoir combler ses désirs romanesques. Il a tout prévu pour ce voyage en amoureux (restaurant, hotel avec vu sur Central Park, exposition…ect) sauf l’imprévu. Et c’est là que ça se gâte. L’interview d’Ashleigh jouée par Elle Fanning avec le grand réalisateur va durer un peu plus longtemps que prévu à cause de circonstances peu banales qui vont l’entraîner elle et son ambition dans la dure réalité crue du gratin artistique de New-York. Son personnage représente clairement la journaliste arriviste aux ambitions démesurées qui ne perd jamais de vu ses objectifs. Ashleigh n’est pas une cruche mais son ambition aveugle ainsi que sa vision un peu naïve du monde vont l’entraîner dans des mésaventures un peu folles.

Forcé, à cause de la longueur de l’interview, à traîner dans les rues de New-York , Gatsby va quand à lui se redécouvrir par l’intermédiaire de situations et surtout, de rencontres, notamment avec Chan campée par Selena Gomez. Son cynisme, son bon goût ainsi que son romantisme exagéré seront mis à l’épreuve tout au long du film.

Le nom de Gatsby (héros du roman de F.Scott Fitzgerald) est le symbole même de ce que Woody Allen veut nous montrer. Un amour réel, romanesque, pure et dure qui peut encore, et doit exister. Le conte de fée que tient tant à vivre Gastby va souvent être moqué, mis à l’épreuve, tout étant mis clairement en valeur par quelques scènes ou instant, traduit par la caméra et le jeu de lumière de Woody Allen. Ainsi la lumière chaude va traverser le visage de notre protagoniste à plusieurs reprises, dans ses instants romanesques qui vont être rattrapés par la lumière réelle, grisâtre, bien loin de la magie de l’instant précédent.

Et tout ça est traduit par un jeu extrêmement crédible, mature et fin de Timothée Chalamet qui prend du gallon ; très bien accompagné par le jeu délirant d’Elle Fanning et la fraîcheur d’une Selena Gomez, qui ne crève pas l’écran mais toujours très juste. Les personnages incarnés par Jude Law et Liev Schreider, plus que convaincants , apportent une véritable touche dramatique et à, la fois comique à un film dont les thèmes abordés semblent cher à Woody Allen. On notera aussi l’excellente performance d’un acteur qui commence à se faire un nom depuis ses apparitions dans Elysium et surtout Rogue One, Diego Luna.

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Le réalisateur en profite pour dépeindre ce milieu artistique dépressif, jamais satisfait et toujours en quête de nouveauté afin de se sauver d’une dépression créative. Bien sur, il tire toujours à balle réelle sur ce monde philosophico-intello-vide de sens réel, synonyme de ce que l’on appelle la « branlette intellectuel » dans le jargon. Toutefois, le cinéaste ne rentre pas ce cliché de lui-même. Son message est à la fois très « Woody Allen » tout en étant bien plus nuancé. Sa mise en scène est extrêmement théâtrale, travaillée tel un tableau impressionniste tant dans le décor, la lumière et ses symboliques. On peut lui reprocher de faire un cinéma qui parle trop pour ne pas dire grand chose ou trop en dire ; ici ce n’est pas le cas, les dialogues sont courts, tranchants et bien souvent, la musique remplace tout discours.

La musique est omniprésente dans la vie romantique de Gatsby et traduit souvent ses émotions aussi bien que sa voix off. On se concentre sur l’essentiel et comme d’habitude avec le réalisateur, on sublime la ville de New-York avec des références à la ville et surtout des plans d’une beauté rare.

En bref, ce film est une véritable bouffée d’air frais; une comédie romantique très fine, intelligente, drôle, mature et rafraîchissante. Il ne s’agit sûrement pas d’un chef-d’œuvre du 7ème art mais assurément d’un excellent film d’un grand réalisateur qui a encore des choses à dire et des rêves à transmettre à l’écran.

Foncez voir Un jour de pluie à New-York qui n’a pas bénéficié d’une publicité immense, digne d’une super-production mais qui a tout l’air d’une belle petite pépite cinématographique dans ce paysage audiovisuel très industriel.

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