[AVIS] Waiting for the Barbarians, anecdotique bien que sublime !

Waiting for the Barbarians
Réalisé par : Ciro Guerra
Avec : Mark Rylance, Johnny Depp, Robert Pattinson, Gana Bayarsaikhan, Sam Reid
Date de Sortie : 31 août 2020 en VOD
Durée : 1h 54min

Synopsis :

Un magistrat bon et juste gère un fort d’une ville frontalière de l’Empire. Le pouvoir central s’inquiète d’une invasion barbare et dépêche sur les lieux le colonel Joll, un tortionnaire de la pire espèce. Son arrivée marque le début de l’oppression du peuple indigène. Une jeune fille blessée attire l’attention du magistrat qui décide de la prendre sous son aile. Dès lors, ce dernier commence à contester les méthodes du colonel et à remettre en question sa loyauté.

Image du film Waiting for the Barbarians

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Le cinéma vit actuellement une période extrêmement difficile, notamment en ce qui concerne l’exploitation en salle. Et si le retour de certains films à grands budgets favorisent les entrées d’un public plus large et plus nombreux, certaines œuvres bénéficiant de moins publicités ou de communications restent bien souvent des petites perles de cinéma, toutes aussi intéressantes à découvrir, si ce n’est plus parfois…

C’est ainsi que l’on pourrait décrire le film Waiting for the Barbarians de Ciro Guerra, réalisateur colombien (L’étreinte du serpent, Les voyages du vent…) qui adapte ici le roman de J.Mcoetzee du même nom qui malheureusement ne sortira pas en salle malgré sa présence en compéttion officielle à la Mostra de Venise en 2019 ainsi qu’au festival de Deauville. Devant se contenter d’une sortie en VOD, le film produit par Infinitum Nihil Porduction ou encore AMBI Distribution bénéficie pourtant d’un casting XXL en présence de Johnny Depp, Robert Pattinson ainsi que Mark Rylance qui manquera certainement beaucoup sur les grands écrans cette année.

Image du film WAITING FOR THE BARBARIANS
Robert Pattinson incarne Mandel

L’œuvre conte ainsi l’histoire d’un magistrat gérant d’une ville qui marque une frontière fictive dans un temps fictif qui verra arriver sur ordre de l’empire, le colonel Joll pour une enquête sur une potentielle invasion barbare. Le colonel s’avère être un tortionnaire dénué de sentiment qui brisera une paix vieille de quelques décennies entre l’empire et les nomades appelés « barbares ».

Ce genre de drame historique est désormais une perle rare dans les salles de cinéma et le moins que l’on puisse dire c’est que les amoureux du genre seront ravis de ce film de Guerra. Un film qui prend son temps, peu-être trop, même beaucoup pour des scènes dont l’importance pose question, mais qui reste dans sa mise en scène, d’une beauté éclatante. En effet le réalisateur effectue un travail absolu brillant en terme d’imagerie. Des plans sublimes sur des paysages souvent désertiques rappelant un certains Alejandro Inarritu dans sa photographie ou certains plans larges sur les personnages extrêmement picturaux viendront ravir la rétine et témoigner de la maestria du cinéaste en ce qui concerne son utilisation de la lumière. Qu’elle soit artificielle ou naturelle, le réalisateur parvient toujours à sublimer l’image, les décors, les costumes rayonnant de splendeurs ainsi que ses personnages, malgré l’absence pesante bien souvent d’une musique, qui lorsqu’elle apparaît , paraît ne pas exister. Ciro Guerra est un véritable virtuose visuel et il le prouve maintes et maintes durant ce long métrage, malheureusement trop long.

Image du film WAITING FOR THE BARBARIANS
Mark Rylance est Le Magistrat

En effet, si les enjeux ainsi que les personnages restent profondément intéressants, bien que déjà vu, le réalisateur étire bien trop son récit pour qu’il devienne captivant. Parfois ennuyant malgré la réalisation soignée, le film souffre d’un scénario étiré assez simpliste dans le fond, dont l’écriture des personnages reste le véritable point fort du récit, seul point qui nous rattache à des enjeux qui peinent à prendre forme. Chaque personnage est assez représentatif, d’un coté le magistrat (qui n’a d’ailleurs pas de nom) qui représente le bien, la justice et la compréhension, magistralement incarné par Mark Rylance ; et de l’autre le colonel Joll, froid, silencieux et sans pitié. Un rôle que Johnny Depp incarne avec brio, loin de l’image des rôles qui ont fait son succès en tant qu’acteur. Il est accompagné dans le film de Mandel, tout aussi détestable et là aussi, superbement joué de la part de Robert Pattinson, décidément en pleine ascension.

Malheureusement, malgré une réalisation élégante, pleine d’éclat et des acteurs jouant à la perfection, l’œuvre bien qu’intéressante et sublime reste anecdotique. Le propos a déjà de nombreuses fois été traités de la sorte. Les longueurs de certaines scènes, qui ne font, bien souvent pas avancer le récit et ne nous apprennent rien sur les enjeux ou les personnages sont bien trop nombreuses pour que le film soit passionnant.
Dommage car le projet est ambitieux et loin d’être mauvais dans la forme. Le fond manque peut-être d’originalité mais ce qu’il lui fait défaut reste le manque de maîtrise du temps, et surtout ce coté attrayant pour le spectateur qui ne ressent de l’enthousiasme qu’à l’apparition des antagonistes qui se font trop rares…

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