[AVIS] La Belle époque ou Bedos dans sa plus belle époque !

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Synopsis :
Victor, un sexagénaire désabusé, voit sa vie bouleversée le jour où Antoine, un brillant entrepreneur, lui propose une attraction d’un genre nouveau : mélangeant artifices théâtraux et reconstitution historique, cette entreprise propose à ses clients de replonger dans l’époque de leur choix. Victor choisit alors de revivre la semaine la plus marquante de sa vie : celle où, 40 ans plus tôt, il rencontra le grand amour…

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Fils à papa pour les uns, véritable génie de la prose et des joutes verbales pour d’autres, Nicolas Bedos a beau diviser, il ne serait pas honnête de dire que ses films sont mauvais. Après un premier film merveilleux, Monsieur et Madame Adelman, on retrouve le nouveau réalisateur pour une nouvelle belle aventure lyrique avec La belle époque. Un film produit une nouvelle fois par Les films du Kiosque qui semble aimer le style du cinéaste.

Présenté en hors compétition au Festival de Cannes et ovationné comme l’avait été Le Grand Bain l’année d’avant, La belle époque c’est tout d’abord une réalisation soignée, qui, sans être sensationnelle ou révolutionnaire, donne aux films de Bedos un certains charme poétique. Chaque plan est pensé de manière à être beau et efficace à la fois dans sa mise en scène. Le travail sur la photographie est a noté, inspiré de près ou de loin au cinéma américain (Woody Allen?). Le rendu esthétique est superbe, remplie de ces couleurs chaudes que l’on pouvait déjà apercevoir sur l’affiche ou dans Monsieur et madame Adelman. Ces couleurs chaudes qui semblent rappeler justement la chaleur d’une pensée nostalgique de ces années 70. Et tout ça est parfaitement mis en scène par le réalisateur qui semble faire un parallèle de lui même avec le personnage d’Antoine (le patron de la société).

La seule chose reprochable dans ce film est l’enchaînement peut-être trop rapide, trop répétitif au niveau du montage, de certains plans, et notamment, des champs contre champs. Ce reproche est un peu tatillon sur les bords mais après tout, rien n’est parfait. Cependant, le réalisateur nous gratifie de scènes absolument incroyables, avec justement ce montage très rythmé qui va souligner toute la tension, le drama et l’humour de certaines scènes. Et tout cela part d’une écriture de scénario drôle et très fine à qui l’on reconnaît déjà le style Bedos qui pousse peut-être encore plus loin sa réalisation. En effet, la caméra nous traîne à droite à gauche et amène le public à découvrir ou redécouvrir ce charme des années 70, ainsi que certaines scènes touchantes de la vie de Victor, émerveillé par tous ces décors.

Parlons justement des décors, où le cinéaste s’amuse à nous tromper, nous plonger dans un monde de carton où rien n’est vrai mis à part quelques émotions. Nous sommes dans un univers de tournage, un univers cinématographique mêlant la véritable histoire à la fiction. On a tout un travail de reconstitution des décors, des habits, de l’ambiance, de l’atmosphère ainsi que de la musique des années 70. La musique jouant un rôle primordiale dans ce film, que ce soit dans l’expression des émotions de nos personnages (un peu à la Edgar Wright) ou bien dans l’ambiance de la reconstitution. Plusieurs scènes viendront illustrer l’importance de celle-ci, montrant aussi tout ce coté trompeur du cinéma.

Ce film est une ode au cinéma et à la mise en scène, bien avant d’en être une pour les années 70. D’ailleurs, le message du film est plutôt clair, cette période était bien, on peut en être nostalgique malgré ses nombreux défauts, mais il faut savoir avancer. On ne tombe pas dans la facilité de la nostalgie à outrance, à idéaliser complètement une époque au détriment d’une autre. Ici aucun jugement de valeur, juste de jolies moments à vivre dans le passé. Le message  n’est pas forcément original mais plutôt bien retranscrit notamment grâce à ses personnages. Des personnages assez caricaturaux puisque l’on a Victor (Daniel Auteuil) d’un coté, complètement dépassé par cette époque et de l’autre, Marianne (Fanny Ardant) , sa femme, qui la vie à fond quitte à sanctionner indirectement son mari. (Bien qu’il soit principalement victime de lui-même)

Victor a perdu la flamme, son âme d’artiste et d’homme à la fois. Le lien plutôt touchant qu’il a avec Antoine (Guillaume Canet) va amener le spectateur à vouloir en savoir plus, à vouloir connaître ce protagoniste qui finalement, fait de la peine. Ce lien est aussi un parallèle fort entre Antoine qui a du mal à sortir pleinement de sa vie professionnelle et Victor, qui a du mal à sortir de son idéal du passé.

Beaucoup de parallèles entre le passé ou le présent et entre les personnages, qui vont se faire échos et nous donner à chaque fois leur propre vision de la vie et du bonheur. On a aussi beaucoup de moments de pure humour, de dialogues et de joutes verbales délicieuses.

Des protagonistes hauts en couleurs joués par des acteurs absolument brillant, en commençant par Daniel Auteuil qui nous livre une performance drôle, touchante et parfaitement aboutie pour acteur de grand talent. On retrouve Fanny Ardent dans un rôle plutôt explosif qui lui convient parfaitement à l’image d’un Guillaume Canet à la fois tyrannique et colérique tout en ajoutant une petite touche délirante à son jeu. Et que dire de Doria Tillier…Il s’agit sûrement d’une des prochaines grandes figures à suivre sur le grand écran. Pétillante, pleine de charme, un poile cynique out en étant très émotionnelle. Brillante.

Le casting sublime un film qui est déjà de très bonne facture. Peut-être moins touchant et complet que le fut Monsieur et Madame Adelman  bien qu’il explore ici différents thèmes comme l’amour (notamment paternel), l’amitié, la nostalgie, le bonheur, le choc des générations ainsi que l’art et la difficulté à  toujours trouver l’inspiration. Des thèmes cher au réalisateur, qu’il retranscrit avec brio.

Nous sommes ici dans un autre registre ; un registre comique dans lequel Nicolas Bedos semble pleinement à son aise. Le cinéaste a du talent et maintenant, il faut espérer qu’il nous le prouve une nouvelle fois avec la suite d’OSS 117, Alerte Rouge en Afrique Noire dont il est le réalisateur !

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