[AVIS] Malcolm & Marie, d’une justesse incroyable !

MALCOLM & MARIE (L-R): ZENDAYA as MARIE, JOHN DAVID WASHINGTON as MALCOLM. NETFLIX © 2021

Malcolm & Marie
Réalisé par : Sam Levinson
Avec : John David Washington, Zendaya
Date de Sortie : 5 février 2021 sur Netflix 
Durée : 1h46min

Synopsis :

Après la projection en avant-première de son dernier film, un cinéaste rentre chez lui avec sa petite amie. Alors qu’il est certain que son film rencontrera un succès critique et commercial, la soirée prend une tournure inattendue : les deux amoureux doivent affronter certaines vérités sur leur couple qui mettent à l’épreuve la force de leurs sentiments…

Affiche du film Malcolm & Marie

4.5

Les salles de cinéma restent encore et toujours fermées. Seules les plate-formes de VOD et SVOD continuent de nous offrir avec parcimonie cette dose de cinéma, de rêve et d’évasion. Une petite dose essentielle en ces temps difficiles où Netflix décide de nous offrir le dernier film de Sam Levinson, créateur de la superbe série Euphoria, avec Malcom & Marie. Un film particulièrement attendu, dû notamment à l’énorme succès du cinéaste pour sa série. Une œuvre tournée en pleine pandémie avec la magnifique Zendaya (déjà l’héroïne principale dans Euphoria) ainsi que John David Washington qu’on retrouve après Tenet de Christopher Nolan.

Malcom & Marie qui conte une soirée dans laquelle un réalisateur rentre chez lui avec sa petite amie après la projection en avant-première de son film. Ravi du succès public et des compliments orales des critiques, sa soirée va prendre une toute autre tournure car le couple va devoir affronter certaines vérités par rapport à chacun. Une discussion profonde qui mettra leurs sentiments à l’épreuve.

C’est un film bavard, principalement composé de dialogues et de monologues intenses. Dans un récit se passant essentiellement en huit clos, le cinéaste nous promet une expérience à la fois oppressante et anxiogène. 

Image du film Malcolm & Marie
Zendaya est Marie

Le spectateur y contemple les différentes passes d’armes d’un couple qui se fait mal, qui se heurte, qui s’aime et qui se rassure. Paradoxal pour deux êtres qui se parlent tant sans parvenir à communiquer, emprisonnés dans cette grande maison, ce sanctuaire des non-dit qui les empoissonnent. Deux êtres qui passent du rire aux larmes, de la bienveillance au sadisme pour un résultat probant sur le spectateur qui ne peut qu’admirer, s’identifier devant ces deux personnages si malfaisants et attachants. Le tout avec de longues tirades sur différentes thématiques marquantes du réalisateur. On y retrouve ainsi un film en plusieurs parties distinctes selon les différents sujets abordés par le couple. Que ce soit l’art, le racisme, le sexisme, l’amour, la reconnaissance, l’inspiration ou la critique ; tous ces sujets bénéficient d’une démonstration orale captivante par le biais de ces acteurs brillants. La présence de multiples références, notamment cinématographiques sonnent comme une véritable offrande, une petite sucrerie à un public auquel la culture manque profondément. Ici, c’est une véritable explosion d’émotion que propose le réalisateur derrière ces différentes évocations.

Les points de vues, l’expérience ainsi que les regards portés sur la vie se confrontent avec véhémences tout en étant profondément pertinents. Chacun invite l’autre à se remettre en question, faisant échos à la réflexion, la remise en question du spectateur sur chacun de ces sujets dans une ambiance brutale, intense, presque claustrophobique. Le huit clos étant une véritable symbolique de notre temps à travers ces personnages à bout de nerfs, prêts à imploser. Mais le spectateur en demande encore et encore, malgré les rares instants de répits qu’offre ce film effréné. Parce que ces joutes verbales sont délicieuses, parce qu’elles rendent ce film profondément intéressant et font de ce dernier, un véritable petit bijou dialoguiste à la limite du théâtral.

Cependant, là n’est pas l’unique qualité de l’œuvre de Sam Levinson. Car ce dernier montre avec audace et maîtrise toute l’étendue de ses qualités de metteur en scène ; avec des séquences, voir plans séquences, envoûtants et délicats. Le tout avec un véritable soucis du montage au niveau des transitions mais aussi de l’aspect sonore. La musique étant omniprésente et symbolique de chaque situation des personnages ou de la mise en scène. Une mise en scène qui rappelle sous certains aspects l’élégance d’un Sorrentino, tout en étant plus brutale dans ses choix, notamment avec des gros plans au plus près des visages, afin de montrer encore et encore, que le cinéma est un art d’émotion.

Image du film Malcolm & Marie
Zendaya est Marie / John David Washington est Malcolm

Et afin de les transmettre, le cinéaste choisit d’utiliser l’esthétique du noir et blanc, rappelant la binarité de son film, de ses personnages. La confrontation essentielle de deux êtres distincts, d’une sorte de Yin et de Yang qui ne peuvent en définitive, pas se passer l’un de l’autre ; rend l’œuvre d’autant plus lourde de sens et jubilatoire.

Il faut le dire, Sam Levinson signe peut-être un des meilleurs films original Netflix depuis les débuts de la plateforme. Bien que le film souffre parfois de son rythme effréné, presque étouffant, il n’en reste pas moins passionnant. Il est d’une justesse incroyable dans la transmission de ses idées et de ses émotions. Une grande réussite qui en mentionne d’ailleurs une autre, Euphoria, à travers le personnage magnifiquement interprété par Zendaya.

 C’est une véritable œuvre cinématographique qui respire l’amour du 7ème art et surtout une envie insatiable de création et d’expression à travers le réalisateur.

Malcom & Marie est un excellent film, un amour de cinéma qu’on ne peut que recommander aux amateurs d’art et surtout d’émotions.

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